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Un immeuble sympa

La voisine d'à côté

3 min
À retrouver dans l'émission

Ce que révèle l'indifférence de nos voisins.

Un immeuble sympa
Un immeuble sympa Crédits : ModernewWorld - Getty

Figurez-vous que ça s’est passé sur mon propre pallier. Je sortais de chez moi et je suis tombée sur ma voisine. Je l’ai saluée, évidemment.
Et là, elle s’est arrêtée, m’a regardée avec étonnement, et même suspicion.
En fait, elle m’a inspectée, la faute au masque dira-t-on... Et elle m’a demandé : “on se connaît ?”. 

J’ai regardé la porte de mon appartement, j’ai regardé mon accoutrement (pyjama, sac de courses, clés à la main), et je lui ai répondu un peu déconfite : “ben j’habite là”, et depuis plus d’un an (ai-je ajouté dans ma tête), et (encore dans ma tête) qu’est-ce que je pourrais bien faire en pyj sur un pallier, sinon sortir de chez moi ? 

En fait, en temps normal, j’aurais compris... la frénésie quotidienne, des amis à voir, des horaires légèrement décalés, peuvent faire qu’on croise rarement ses voisins.
Mais là, l’immeuble est devenu la seule zone qu’on arpente, et nos voisins, les rares humains qu’on croise régulièrement. 

Bon, soyons honnête, je ne dirais pas non plus que je vis dans un haut lieu de partage collectif (on se dépanne rarement du sel d’un étage à l’autre), et l’étonnement passé, j’ai finalement trouvé cet événement plutôt rassurant. 

La pandémie n’aura donc pas complètement révolutionné tous nos rapports, ou plutôt nos non-rapports aux autres. 

La non-fête des voisins

Gestes barrières obligent, même avec ses voisins, pas de contacts. En même temps, qui avait vraiment des contacts avec ses voisins avant ?
Alors, c’est vrai, il y avait (et il y a encore, j’ai regardé sur internet) la fête des voisins… mais quand on y pense, cette initiative n’est-elle pas la preuve ultime qu’il faut marquer le coup, faire un événement, du simple fait d’avoir dépassé le stade du bonjour de politesse ? 

Car, oui, c’est quand même un stade très rarement dépassé et c’est le grand paradoxe des voisins, covid ou pas : on sait presque tout d’eux, quand ils se lèvent, quand il se couchent, quand ils se douchent, ce qu’ils écoutent, leurs disputes, leurs bruits de vaisselle, même l’odeur des plats qu’ils préparent, bref tout leur quotidien, mais on ne sait rien d’eux. 

Ce sont, et c’est assez fou, les personnes qu’on côtoie à la fois le plus et le moins, des personnes qui nous sont familières sans faire pourtant partie de la famille… Des sortes d’inquiétante étrangeté qui, malgré leur proximité, restent indéniablement loin de nous… 

Démocratie et indifférence

Certes, on peut déplorer cette voisine qui vous ignore, ce manque de proximité, d’entraide ou de solidarité concrète, mais on peut aussi se réjouir que les voisins nous révèlent, à côté de chez nous, sur notre propre pallier et en pyjama, ce fait qu’on oublie si facilement : et oui, les êtres humains sont à la fois proches et distants, égaux mais différents, ou plutôt tellement indifférents. Individualistes en fait. 

Je ne dis pas que c’est bien, mais je ne dirais pas que c’est mal non plus. C’est juste un signe de notre état social et Alexis de Tocqueville l’a très bien expliqué dans La Démocratie en Amérique

“Quand les rangs sont presque égaux chez un peuple, tous les hommes ayant à peu près la même manière de penser et de sentir, chacun d’eux peut juger en un moment des sensations de tous les autres : il jette un coup d’œil rapide sur lui-même ; cela lui suffit.”

Comme quoi, loin d’être inquiétante ou triste, cette distance avec ses voisins (en tout cas avec ma voisine) nous apprend (en tout cas m’a appris) au moins une chose : pas la peine de regretter que nos échanges avec nos voisins ne portent que sur les poubelles, leurs bruits de pas ou la musique trop fort... pas la peine, autrement dit, de briser la dernière barrière de l’individualisme : c’est bien la preuve qu’on vit toujours en démocratie. 

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