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Faut-il préférer sa mère qui joue avec des poivrons à ses amis cool ?

Faut-il préférer sa famille à ses amis ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Puisqu'on met en concurrence famille et amis, 24 décembre et 31 décembre, autant plancher sur la question...

Faut-il préférer sa mère qui joue avec des poivrons à ses amis cool ?
Faut-il préférer sa mère qui joue avec des poivrons à ses amis cool ? Crédits : LEREXIS - Getty

A l’approche de la fin d’année, un certain nombre de voix se sont élevées pour dénoncer l’une des mesures anti-covid du gouvernement : celle de privilégier les fêtes du 24 décembre plutôt que celles du 31 décembre, y voyant là une préférence de l’Etat pour la famille contre l’amitié. 

Famille contre amitié, voici un dilemme auquel je n’avais pas été confrontée depuis le lycée (quand je voulais aller fumer avec des amis au stade d'à côté plutôt que de manger du poulet en famille), dilemme qui, je dois dire, ne m’a jamais passionné. Que je sois contrainte d’y assister, à trente ans passés, me dépasse donc profondément. 

Malgré tout, contre mauvaise fortune, j’ai toutefois décidé de faire bon cœur, et je me suis donc précisément posé la question : faut-il préférer sa famille à ses amis ? 

Décortiquer le sujet 

J’ai ainsi décidé de faire comme pour une dissertation de terminale, quitte à replonger dans mes années lycée, autant le faire vraiment. Toute bonne dissertation de philosophie, et n’importe quel professeur vous le dira, débute par un décorticage des termes mentionnés. 

La famille : ensemble d’individus unis par des liens de parenté. L’amitié : inclination réciproque entre deux personnes ne se fondant pas sur un attrait sexuel. Déjà, on voit les problèmes arriver : qu’est-ce que la parenté ? Bonne question.
Mais surtout, pourquoi n’y aurait-il pas d’attrait sexuel entre amis ? Très bonne question mais risque de hors-sujet. 

Ensuite, "préférer" : fait de considérer une chose comme meilleure qu’une autre. Mais là encore problème : meilleur selon quel critère ? D’intensité des sentiments, de pérennité de la relation, de fiabilité de la relation… Difficile de trancher.
Et enfin, “faut-il”, soit : est-il nécessaire ?

Ceci dit, ce qui est le plus intéressant dans un sujet, c’est l’implicite qu’il comporte : et ici, c’est l’idée que la famille soit ainsi mise en doute. Car, spontanément, face à un tel sujet, on a envie de répondre, de dire oui ou non à la famille, puis d’argumenter et de dire si la famille, c’est bien ou mal.
Comme si, loin de s’imposer, les liens de parenté n’avaient rien d’évident. D’où la question que l’on peut peut-être soulever et travailler : si l’on choisit ses amis, soit ses inclinations réciproques non sexuelles, pourquoi ne pas pouvoir choisir sa famille, soit ses liens de parenté ? 

La citation

Une bonne transition de dissertation serait de dire qu'on ne choisit pas ses parents ou ses enfants... et de se demander : en est-on sûr ? Est-on sûr qu’on ne choisit pas ses parents ou ses enfants mais que l’on choisit tout le temps ses amis ?
Le paradoxe est là : pourquoi ce qui ne semble pas choisi (mais toujours là, donné, subi, imposé), comme la famille, ne serait-il pas tout autant choisi, élu, désiré ? 

En fait, ce qui me chagrine c’est qu’on en est encore à des phrases comme celles-ci

“La plus ancienne de toutes les sociétés, et la seule naturelle, est celle de la famille”

Phrase que l’on trouve chez Jean-Jacques Rousseau dans son traité d’éducation, l’Emile, et qu’on ne regarde jamais la suite, quand il dit :  “encore les enfants ne restent-ils liés au père qu’aussi longtemps qu’ils ont besoin de lui pour se conserver”. 

Et le problème est là : dans cet oubli que la famille n’est pas forcément une unité familière, donnée et éternellement imposée, mais qu’elle est aussi une entité étrange et étrangère, qui se transforme et évolue, et dont les liens de parenté sont autant à choisir, à inventer et à entretenir (ou pas d’ailleurs !) que les liens amicaux. 

Voilà en tout cas ce que j’aurais dit si on m’avait posé la question en dissertation. 

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