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L'avenir imprévisible

Pourquoi il faut préférer l'avenir au monde d'après

3 min
À retrouver dans l'émission

Assommés par cette perspective du "monde d'après", pourquoi ne pas parler d'avenir ? Pourquoi ne pas se projeter dans l'imprévisible à venir plutôt que dans l'après qui nous rappelle forcément le monde d'avant ?

L'avenir imprévisible
L'avenir imprévisible Crédits : Daniel Viñé Garcia - Getty

J’ai appris que le gouvernement serait en train de préparer l’après, faut-il encore dire quel après, l’après-covid bien sûr. Depuis le 1er confinement, nous voilà assommés par cette idée du monde d’après, qu’on l’espère, qu’on le critique ou qu’on en rit. 

Ce qui me frappe, pour ma part, c’est moins qu’on envisage un nouveau monde qu’on en parle précisément en termes d’après, et qu’on ne parle ainsi jamais de futur, même si ça fait un peu science-fiction ou conjugaison à la Bescherelles, ou mieux, beaucoup plus ambitieux,  qu’on ne parle presque jamais d’avenir… 

Alors, certes, l’après, c’est l’après-midi, mais c’est aussi l’après-soleil, l’après-vente ou même les après-ski : passer après, c’est toujours signe de conséquences désagréables voire fâcheuses, une digestion difficile, un problème avec sa machine à laver, un coup de soleil, ou un bon moment qui vient de se finir… 

L’après n’a d’existence que parce qu’il y a eu un avant, avant lui… d’où ce paradoxe : comment pouvoir se projeter dans ce qui nous rappelle pourtant le passé ?

Après, c'est après l'avant 

L'épidémie est un événement, et à la manière de tout événement, il y aura forcément un avant et un après. 

Encore faut-il savoir de quel “avant” on parle : est-ce qu’on parle d’avant avant le covid ou d’avant le covid confiné ou d’avant le covid déconfiné ? et par suite, de quel “après” parle-t-on : de l’après-covid (une fois qu’il sera à peu près maîtrisé) ou de l’après-après- covid (une fois qu’il ne sera plus un danger si c’est un jour le cas) ? 

Le problème de l’après, ce n’est pas seulement qu’il passe après (opposé ou dérivé d’une situation qui le précède), mais après un avant déjà difficile à définir en lui-même. Mon avant n’était pas le même que le vôtre, Guillaume : d’accord, on était sur le même calendrier mais on n’avait pas forcément les mêmes préoccupations, et ce qui me convenait avant (ou du moins, ne soulevait en moi aucune question, télétravail ou bien essentiel) ne vous convenait peut-être déjà pas avant, ou du moins, vous interpellait déjà.
Alors, imaginez pour l’après… comment se mettre d’accord et se projeter ensemble ?

Comment se mettre d’accord sur ce qui n’a, pour l’un ou l’autre, ni les mêmes repères temporels, ni les mêmes caractéristiques ? Et voilà que j’en viens, enfin, à ma question : pourquoi donc s’entêter à parler d’après, et pas plutôt d’avenir ? 

La promesse d'Hannah Arendt 

C’est vrai que l'avenir, c'est l'imprévisible par excellence... mais foutu pour foutu : quitte à se projeter, à se lancer, à imaginer, autant miser sur le total inconnu. Dans son texte Condition de l’homme moderne de 1958, Hannah Arendt évoque justement cette “obscurité des affaires humaines” dès lors qu’il s’agit d’envisager un avenir commun…

Qui pourra garantir qu’il sera le même demain ? qui pourra s’assurer de la permanence des autres ? Face à l’imprévisibilité de l’avenir, Arendt a heureusement le remède : la promesse, soit : 

“la force qui assure la cohésion des hommes qui se rassemblent et agissent de concert (...) la capacité de disposer de l’avenir comme du présent”. 

C’est beau… et c’est vrai… pourtant, une question me taraude : la promesse est-elle vraiment le remède ?
Si demain n’a rien à voir avec hier, si le futur n’a plus rien du passé, et si l’avenir est foncièrement imprévisible, ne faut-il pas aussi se passer de promesses souvent intenables, de paroles parfois en l’air et de tant de déceptions ? 

L’avenir a ceci de fou qu’il nous met face non pas au désordre, mais à ce que l’on ne peut ni prédire ni préparer… pourquoi donc ne pas se préparer à ne plus se préparer ? 

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