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Métaphore de nos idées abandonnées
Épisode 4 :

Le cimetière de mes idées

4 min
À retrouver dans l'émission

Combien d'idées par année et combien d'idées aussitôt abandonnées ?

Métaphore de nos idées abandonnées
Métaphore de nos idées abandonnées Crédits : artpartner-images - Getty

Pour ce 31 décembre, je me devais de vous faire part de ces idées notées puis abandonnées, de tout ce que, sur le moment, j’ai trouvé percutant (voire génial) mais qui s’est révélé, au final, assez confus et même vraiment plat. 

En janvier dernier, j’ai en effet commencé à lister des idées de chroniques possibles, certaines ont vu le jour, comme par exemple celle sur le plaisir de s’exploser ses boutons d’acné ou l’exaspération que suscite le mot “inspirant”... et d’autres sont restées lettre morte, et là je dois dire, il y en a pas mal. 

Entre autres : pourquoi on n’en peut plus de la résilience ? sur la mode fatigante des participes présent (impactant, malaisant, confusant voire confusionnant) ? De notre rapport au papier toilette… Comment une personne intelligente peut-elle être très con ? Je pleure devant des clips de rap… De quoi parlera-t-on quand il n’y aura plus de pandémie ? Ou encore, à propos de la nature des points de suspension dans un texto. 

Du génie à la nullité

Je ne désespère pas de trouver un jour un sens à ces idées… Mais en les regardant toutes hier après-midi, en examinant, noir sur blanc, tout ce qui m’avait traversé l’esprit durant ces 12 derniers mois, j’ai eu une sorte de petit vertige. Combien d’idées ébauchées puis avortées ? Combien d’idées émises et sitôt oubliées ? 

A raison, elles n’étaient peut-être pas si bonnes que ça. J’en conviens parfaitement. Que l’actualité les a effacées, que l’air du temps s’est transformé, j’en conviens aussi. A raison, donc, mais injustement aussi : car comment se fait-il qu’une idée, la même, m’a semblé, à un moment précis, formidable, puis totalement nulle, un peu plus tard ? 

Comment se fait-il qu’en mars, je trouvais la question de notre rapport au papier toilette et aux participes présent fondamentale, et plus en septembre ? Au-delà de la qualité de l’idée émise (car beaucoup d’idées médiocres ont quand même vu le jour dans le monde), pourquoi ne retrouve-t-on pas forcément la magie de ce qui nous a frappé ? 

Des clefs pour déchiffrer le monde... ou pas

Est-ce qu’on peut changer, entre mars et septembre, entre un lundi et un jeudi, d’une heure à l’autre même, au point de ne même plus savoir ce qui nous exaltait, ou au moins, nous interpellait dans une idée qui passait ? 

Quand je change, je sais ce qui a changé en moi : je n’aime plus le chocolat, je n’ai plus envie de voir telle personne, ou ce qui me passionnait peut désormais m’ennuyer, mais j’arrive à la fois à me rappeler pourquoi j’aimais le faire et à dire pourquoi ce n’est plus le cas. 

Mais pour une idée qui n’a jamais été explorée, développée, qui n’a été qu’ébauchée, qu’on a jamais pratiquée, dont on n’a donc ni souvenir ni écœurement… Qu’est-ce qu’on en sait ? 

C’est le paradoxe de ces idées qui nous passent par la tête : elles sont à peine passées qu’elles nous ont déjà dépassés. On ne les aime plus alors qu’on ne les a même jamais embrassées. On s’en lasse avant même de les avoir fréquentées. 

Jean-Paul Sartre disait concevoir une idée comme une :

“sorte de clef pour déchiffrer le monde, schème de dévoilement, projet de compréhension” (Cahiers de morale)

Rien que ça… mais que faire de ces idées (souvent les nôtres) que l’on ne parvient même pas à comprendre ou à déchiffrer ? Encore un mystère et un problème à résoudre. Ce sera pour l’année prochaine !

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