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Vive les profs

Pensée pour mes professeurs

3 min
À retrouver dans l'émission

Dès qu'on parle éducation, on pense aux élèves, à l'apprentissage, à la méthode, aux programmes. Mais qu'en est-il des professeurs ? Quelle place leur reste-t-il ?

Vive les profs
Vive les profs Crédits : CSA Images - Getty

Du plus loin que je me souvienne, je garde de très bons souvenirs de mes années à l’école. Et de mes professeurs, en général.
Évidemment, de la maternelle au lycée, je ne me souviens pas de chacun d’entre eux, et évidemment, je mentirais si je disais que je les avais tous bien aimés. Comme partout, et pour tout le monde, j’en ai eu des mauvais, des exceptionnels, des caractériels, des gentils et des mous… 

Quand je revois des camarades de l’école primaire ou du collège, c’est souvent de nos professeurs qu’on reparle, il suffirait que je donne les noms de Mme Nédélec ou de Monsieur Rosenblum pour que les anecdotes se déchaînent. Aimé ou pas, bon ou pas, quand on enseigne, on laisse, à ses élèves, des souvenirs impérissables et on alimente encore, vingt ans plus tard, leurs conversations. 

Des années plus tard, je peux donc le dire : mes professeurs ont tous et toutes, chacun à leur manière ou non-manière, occupé une place bien particulière dans ma vie. Mais quelle place ? Une place indispensable, certes, mais laquelle ? Quelle place voulaient-ils, eux, occuper ? 

Jamais la même sans mes professeurs

C'est un peu grandiloquent. Mais c’est un fait : sans mes professeurs, je n’aurais jamais été la même. Mais je me demande : la réciproque est-elle vraie ? Car je dois le dire : je n’ai absolument aucune idée des souvenirs qu’on a pu leur laisser avec mes camarades...
Qu’avaient-ils en tête, dans leur vie ? Est-ce qu’ils aimaient vraiment enseigner ? Est-ce qu’on les a déçus ou émus ? Est-ce qu’on les a transformés d’une manière ou d’une autre ? 

Je n’ai jamais réfléchi à mes professeurs en tant que tels, leurs pensées, leurs désirs, comme si c’était évident qu’ils soient toujours là, à donner des cours, à expliquer ou raconter ce qu’il avait déjà dû raconter des centaines de fois à d’autres classes.
Comme si eux n’étaient jamais fatigués un vendredi après-midi, comme si, eux, n’étaient jamais en train de digérer après 14h, ou jamais de mauvaise humeur un lundi matin… 

Dans un texte bien connu de la philosophie de l’éducation, Emile ou de l’éducation, le philosophe Jean-Jacques Rousseau a cette phrase, dans sa préface : “on ne connaît point l’enfance”.
Et j’en viens à me dire : connaît-on jamais quelque chose à ceux qui s’y intéressent, à nos professeurs, à nos éducateurs ? 

On ne connaît point les éducateurs ? 

Quelques lignes après, Rousseau fait cette critique : 

"Les hommes s'attachent à ce qu’il importe aux hommes de savoir, sans considérer ce que les enfants sont en état d’apprendre. Ils cherchent toujours l’homme dans l’enfant, sans penser à ce qu’il est avant que d’être homme.”

C’est toute la clé de la pédagogie selon Jean-Jacques Rousseau : il faut connaître les élèves pour mieux les éduquer. Quand on parle éducation, on s’intéresse ainsi toujours aux enfants qu’on éduque et à la bonne manière de le faire. Mais quelle place reste-t-il à celui qui éduque ? 

C’est le paradoxe : l’éducateur, pourtant indispensable, semble devoir s’effacer derrière ses propres élèves, comme s’il devait être capable d’enseigner dans n’importe quelles conditions.
Mais sans l’éducateur, que resterait-il des élèves ? Et sans de bonnes conditions pour bien éduquer, que reste-t-il des éducateurs, des professeurs ? Ne faudrait-il pas aussi bien les connaître ? 

Pour reprendre les termes de Rousseau, et je crois que c’est là le problème : on s’attache à ce qu’il importe aux hommes de savoir, sans considérer toutefois ce que les éducateurs, les professeurs, sont en état de pouvoir leur apprendre.
Cette journée spéciale s’appelle “émancipation générale, les combats pour l’éducation”.... et j’ajoute : pour les éducateurs. 

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