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Ma dose, ma dose, ma dose

Je veux ma dose

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À retrouver dans l'émission

"Je veux ma dose" est le nouveau "où j'ai mis mon masque".

Ma dose, ma dose, ma dose
Ma dose, ma dose, ma dose Crédits : Flavio Coelho - Getty

J'ai une obsession : me faire vacciner. Pardon à tous les antivax, pardon à tous les sceptiques, pardon aux prudents qui se questionnent sur Astra Zeneca. Moi, je prends tout. Et j’ai l’impression que je ne suis pas la seule à me dire ça… 

En témoignent ces sites pour décrocher un rendez-vous : Vite ma dose, Covidliste, Covid Anti Gaspi ou Dernière dose, en témoignent aussi ces récits de personnes soi-disant hélées dans la rue par des médecins qui ne veulent pas jeter leur stock, en témoignent aussi ces captures d’écran de créneaux libres sur Doctolib, diffusées largement sur les réseaux sociaux. 

Bref, je ne sais pas combien on est dans cette situation, mais je ne pense pas me tromper en disant que s’il y a une forte demande, et pas forcément rationnelle, en ce moment, c’est celle-ci : on veut sa dose. 

C’est la nouvelle tendance, le trend topic, le sujet de discussion. Comment se faire vacciner quand on n’est pas éligible ? Est-ce qu’on veut faire partie ou pas d’une team en particulier : Moderna, Pfizer, Astra Zeneca ? Et comment ? Et surtout à quoi est-on prêt pour le faire ? 

Questions morales et éthiques

C’est ça la question intéressante, plus que celle de savoir si on est anti-vax ou anti-Astra Zeneca, c’est de savoir : et moi, quelles sont mes limites pour avoir accès à ma dose ? Et plus précisément, quelles sont mes limites morales, éthiques ? 

Suis-je prête à potentiellement prendre la place de quelqu’un d’autre ? Jusqu’où puis-je me soustraire à la loi, ou du moins, négocier avec le calendrier mis en place par l’Etat ?
Et moi, pourquoi aurais-je droit à cette dose, et pas d’autres avant moi ? Et en même temps, pourquoi, moi, je n’y aurais pas droit et d’autres avant moi, qui ne sont pourtant pas plus éligibles ? 

Et puis, après ces dimensions collectives, il y a la dimension individuelle : suis-je prête à guetter des rendez-vous, à attendre des heures devant un vaccinodrome, à mentir sur mon âge, à demander une ordonnance à mon médecin pour qu’il insiste sur mon pré-diabète, à me faire jeter et réprimander sur le moment pour avoir fait tout ça ? 

Mais il y a une question qui me semble encore plus intéressante et qui annule toutes celles-ci (et que je me pose souvent) : pourquoi vouloir se faire vacciner maintenant alors que je vais être de toute façon vaccinée si je le souhaite ? 

Pourquoi me poser toutes ces questions morales et éthiques alors qu’il suffit que j’attende tranquillement ? Qu’est-ce qui fait que cette dose soit devenue une telle obsession ?

En finir avec la pandémie

C’est ça le paradoxe : pourquoi, non pas seulement attendre au lieu de se compliquer la vie, mais surtout pourquoi être en manque, obsédé par un produit que je n’ai pourtant jamais testé, et que l’on va, quoique je fasse, me délivrer ? 

La réponse semble évidente : le vaccin est la clé, la solution, pour se sortir de cette situation au plus vite et retrouver une vie normale.
Mais je ne crois pas que ce soit aussi simple : car on pourrait alors très vite se dire qu’il ne s’agit que d’une obsession justement, un désir incontrôlable qui nous guide. 

Mais je crois en fait qu’il y a plus dans ce désir de dose : elle révèle l’envie d’en finir avec la pandémie, oui, mais surtout l’envie d’en finir par soi-même.
On veut choisir quand en finir. Dans l’Ethique à Nicomaque, livre 3, §5, Aristote nous dit ceci : 

“L’objet du choix étant, parmi les choses en notre pouvoir, un objet de désir sur lequel on a délibéré, le choix sera un désir délibératif des choses qui dépendent de nous”. 

Voilà, pourquoi on regarde des créneaux disponibles et on envisage de mentir sur son âge ou son poids : pour avoir l’impression que ce désir, on peut en faire un choix et de choisir une chose qui, au fond et c’est bien le problème, ne dépend pas de nous. 

Comme quoi, en ce moment, c’est plus facile d’être antivax que provax. 

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