LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Un ensemble où les individus ne sont pas ensemble

Le collectif sans la communauté

3 min
À retrouver dans l'émission

Vendredi, le Président de la République s'est adressé, selon ses mots, à la "communauté Brut" (média sur lequel il s'est exprimé). Mais pourquoi parler de communauté quand on est censé s'adresser à tout le monde ?

Un ensemble où les individus ne sont pas ensemble
Un ensemble où les individus ne sont pas ensemble Crédits : Artur Debat - Getty

Comme pas mal de français, j’ai regardé vendredi l’interview du Président de la République sur le média Brut. Ma fille de 2 ans était malade, et ses 40 de fièvre, endormie dans mes bras, m’ont permis de regarder cet entretien de plus de deux heures en entier … 

Il y aurait beaucoup de choses à dire, et d’ailleurs beaucoup de choses ont déjà été dites sur cet entretien : la durée de l’échange, le style, le nombre de sujets abordés, la prestation d’Emmanuel Macron.
Je n’ai même pas vu passer ces plus de deux heures alors que les interventions Covid du Président sur les chaînes nationales me font l’effet de durer beaucoup plus longtemps. 

Une chose m’a pourtant frappé dans ce qui ressemble à une communication réussie : par deux fois (au moins), Emmanuel Macron a parlé, je cite, de la “communauté” Brut (le média, je le rappelle, sur lequel il s’est exprimé).
Il fallait entendre par là, enfin j’imagine, les abonnés ou les habitués de ce média vidéo français auxquels il pensait s’adresser en particulier. Mais pourquoi, donc, parler d’une communauté ?

Collectif sans communauté 

Je vois bien l’idée d'une communauté "en ligne", "virtuelle". Pourtant, si je parle en mon nom, je dois dire que je ne fais pas partie de cette communauté : oui, je connais ce média vidéo et en ligne, oui, j’ai déjà regardé des contenus émanant de ce média, mais non, je ne suis pas abonnée, et non, je ne vois pas à quelle communauté précise Emmanuel Macron a fait référence. 

A ses abonnés ? aux jeunes auxquels ce média est destiné ? aux habitués des informations en ligne ? aux adeptes des réseaux sociaux ? Au fond, peu importe, car cet emploi de “communauté” tranchait avec le contexte pourtant inédit, nouveau, ouvert, informel et protéiforme d’un tel exercice. 

Par définition, la communauté, c’est le groupe social dont les membres ont des intérêts communs, c’est cette unité, ce “nous” qui rassemble des individus. Evidemment, aujourd’hui, on parle aussi du communautarisme, cette tendance à faire valoir les intérêts d’un groupe au sein ou même contre un ensemble plus vaste. 

Mais de quelle communauté peut-il s’agir quand rien ne nous relie de spécifique si ce n’est regarder des vidéos et un Président, notre Président, s’exprimer ?
Et surtout, et c’est toute ma question : peut-on se sentir appartenir à un collectif sans pour autant se sentir appartenir à une communauté ? 

Communautariens et libertariens

En regardant cette vidéo et en entendant cette expression, certes anodine d’Emmanuel Macron, j’ai expérimenté le sentiment paradoxal de l’appartenance sans l’appartenance. Et en y pensant, c’est un sentiment que j’ai souvent expérimenté : ce sentiment tout à fait particulier d’appartenir à un ensemble, de pouvoir dire “nous”, d’être dans un collectif, sans pour autant vouloir y être assignée, sans en défendre à tout prix les intérêts, sans forcément d’ailleurs les connaître. 

En philosophie, contemporaine, il y a ce débat très intéressant entre ceux qu’on appelle les commaunautariens et ceux qu’on appelle les libertariens, entre des philosophes comme Charles Taylor et John Rawls : les 1ers défendent l’idée que l’individu n’est jamais seul, qu’il n’est pas un atome rationnel abstrait de toute histoire et de tout groupe, et les 2nds l’idée que l’individu, au contraire, peut très bien s’extraire et s’universaliser de toute communauté pour se penser comme un être autonome. 

Eh bien, moi, je suis entre les deux : je ne suis pas un atome, isolé, purement rationnel, mais je ne suis pas non plus située dans une communauté, touchée et identifiée à celle-ci. Et c’est bien le problème : que faire des personnes, comme moi, qui ne se sentent ni seules ni accompagnées ? 

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
Chroniques
8H55
3 min
À quoi rêvez-vous ?
A quoi pense Patrick Tourneboeuf ?
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......