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Coeur pulsé

Et vous, est-ce que vous "prenez le pouls" ?

3 min
À retrouver dans l'émission

A chaque campagne présidentielle, voilà qu'on nous reprend le pouls.

Coeur pulsé
Coeur pulsé Crédits : Yevhen Borysov - Getty

Est-ce que vous prenez le pouls, vous ? Régulièrement, ou comme ça, de temps en temps, juste pour voir où vous en êtes, où en sont les personnes de votre environnement ? 

C’est drôle car autant on doit quand même être très peu à se prendre littéralement le pouls, c’est-à-dire à s’appliquer deux doigts sur le poignet ou sur le cou pour mesurer ses pulsations cardiaques (sauf activité médicale ou hypocondrie, bien sûr), autant l’expression “prendre le pouls”, pour sonder des individus, semble relever d’un usage un peu plus courant. 

En témoigne Emmanuel Macron, dont je n’ai pas compris s’il était en pré-campagne ou déjà en campagne, parti quoiqu’il en soit sur les routes de France, pour prendre le fameux pouls des Françaises et Français… 

Et c’est là que c’est encore plus drôle : car autant on semble s’être habitué à cette insupportable expression “prendre le pouls” (et on la voit ainsi revenir tranquillement tous les 5 ans, nous confirmant, sans fracas, qu’on est finalement déjà bien en pleine campagne), autant je me demande encore ce qu’elle peut bien vouloir dire. 

Du poignet à l'image

Prendre le pouls, au sens figuré, veut dire, je cite le dictionnaire : “Sonder l’opinion d’une personne en lui posant des questions, de la même façon qu’on tâte le pouls.” Mais je me suis mal exprimée, la question est plutôt : à quoi prendre le pouls de manière figurée peut-il bien servir ?

Car, a priori, quand on prend vraiment le pouls de quelqu’un, c’est qu’on est quand même un peu inquiet, on présume qu’il y a un problème. Je prends rarement le pouls de quelqu’un pour le plaisir…
Et une fois qu’on a pris le pouls, j’imagine qu’on donne le résultat (trop, pas assez, aucune pulsation) et qu’on établit à partir de là un diagnostic puis un traitement. 

Tout ça pour dire qu’on n’accomplit jamais cet acte seulement pour lui-même : un malaise préexiste et une thérapeutique est attendue. 

Mais qu’en est-il quand on passe à la métaphore ? Que reste-t-il de la prise de pouls littérale à la prise de pouls figurée ?
Eh bien, très paradoxalement, juste l’acte en lui-même. On prend le pouls. POINT. Pourquoi, c’est-à-dire, à cause de quel mal, en vue de quel remède ? On ne sait pas. 

Et de la prise de pouls, il ne reste que le pouls. 

De sujet à objet

Si cette expression est utilisée, ce n’est pas seulement par souci esthétique. On tient à ce qu’elle évoque : elle est plus élégante que “prendre la température” (franchement trop intrusive) et plus impliquée que des froids et bureaucratiques “consulter” ou “sonder”. 

“Prendre le pouls” a ainsi quelque chose du soin, cette expression laisse penser qu’on est un sujet de préoccupation, d’inquiétude, de sollicitude. Et que l’on va nous soigner. Et c’est pour cela qu’il y a un paradoxe dans son usage, en politique par exemple : car on ne prend pas le pouls dans l’idée de soigner un sujet, mais dans l’idée de sonder une personne réduite à un objet d’étude. 

Mais passe encore d’être pris pour des objets, même s’il s’agit au moins de le dire clairement au lieu d’employer des métaphores : que peut bien exprimer le pouls de quelqu’un ? 

“Pendant que le pouls nous bat, et que nous sentons de l’émotion, remettons la partie : les choses nous sembleront à la vérité autres quand nous serons calmés et refroidis. C’est la passion qui commande alors, c’est la passion qui parle, ce n’est pas nous”. 

Même Montaigne le dit dans ses Essais : le pouls est trompeur. Il n’exprime pas un état calme et vrai mais enflammé. Et c’est ça le problème quand on prend le pouls autrement qu’avec ses deux doigts : difficile de le faire, d’en faire quelque chose, et d’en faire quelque chose de bien. 

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