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Ce n'est pas moi

Née sous Mitterrand

3 min
À retrouver dans l'émission

Qui peut se vanter d'avoir une photo dédicacée de François Mitterrand ?

Ce n'est pas moi
Ce n'est pas moi Crédits : Bernard Bisson / Contributeur - Getty

Aujourd’hui, nous sommes le 10 mai 2021, et il y a 40 ans, François Mitterrand était élu Président de la République. Comme chacun y va de son souvenir, j’ai décidé qu’il n’y avait pas de raison : moi aussi, je vais vous dire ce qu’il me reste de ce moment. 

Eh bien, très clairement : rien.
Car je n’étais pas née le 10 mai 1981.
Je n’existais même pas à l’état de fœtus ou d’idée, puisque mes parents (j’ai vérifié) étaient ensemble depuis quelques mois seulement. Peut-être, qui sait, y avait-il déjà, chez eux, un désir d’enfant... 

Mais peu importe, car en ce qui nous concerne aujourd’hui, à savoir les 40 ans de l’élection de François Mitterrand, ça ne change rien, je n’étais pas là. Ca part donc mal pour vous dire ce qu’il me reste de cette époque. 

Néanmoins, et là, je peux le dire sans hésitation, j’ai été conçue et je suis née sous Mitterrand. J’ai ainsi deux souvenirs de lui. 

Souvenir de mon enfance

Le premier : c'est qu'il a été la 1ère (et la seule) personne célèbre à qui j’ai écrit. En 1993, c’était la mode des fan club et j’ai voulu, moi aussi, avoir une photo dédicacée de quelqu’un de connu. Je me suis donc dit, pour me distinguer de mes camarades de classe : autant taper fort et viser le Président de la République. J’étais sûre que personne dans ma classe n’avait pensé à lui écrire. 

Ma lettre était assez simple. Je lui disais que j’habitais à 30 km de la mer et que je voulais avoir une photo dédicacée. Il m’a répondu et j’ai eu ma photo. J’étais très contente, même si je n’avais pas été trompée par l’écriture façon manuscrit qui venait en fait de son service com’. Je pensais que, pour une enfant, il aurait fait un effort et aurait écrit lui-même, mais bon. 

Et puis, il y a mon deuxième souvenir : c’est quand il est mort. C’est la 2ème mort dont je me souvienne, après celle de Kurt Cobain. Vous voyez, c’est donc assez flou ce qu’il me reste de François Mitterrand. Alors, bien sûr, après, il y a eu les cours d’histoire et j’ai appris ce qu’il avait fait, ce qu’est la gauche, ce que son élection a représenté, les espoirs, les déceptions. 

Mais, en termes affectivo-politiques, ce qui va souvent ensemble, voilà ce qu’il m’en reste : il est indéniablement un souvenir de mon enfance, mais un souvenir paradoxal, un souvenir oubliable qui ne réanime rien de vivace, qui ne redonne pas vie à une présence ou à une époque, mais se réduit à une disparition et à une image… 

Enfance de mes souvenirs

Et c'est ainsi que je dois au moins une chose aujourd'hui à François Mitterrand : de prendre conscience de la nature de certains souvenirs. Et plus précisément de tous ces souvenirs qui ne relèvent pas d’un passé directement vécu (je n’ai pas élu ni rencontré François Mitterrand), ni de l’Histoire, et encore moins d’une mémoire involontaire (je ne repense jamais incidemment à lui, comme Proust avec sa madeleine, et ça, même quand je vois une image dédicacée). 

Comment définir, car c’est bien le problème, ces souvenirs anecdotiques mais pourtant pas dispensables ? Ces traces du passé pas forcément nécessaires mais pas négligeables ? Ces souvenirs en toile de fond, à la fois oubliables mais que je n’oublie pas ? 

Je sais que quand on parle de souvenirs, on cite plutôt des philosophes comme Henri Bergson, mais Thomas Hobbes, dans le Léviathan a dit ceci : 

“quand nous voulons désigner la dégradation de la sensation et exprimer que la sensation est en train de s’estomper, qu’elle est vieille et passée, on l’appelle souvenir”. 

Je crois que c’est pas mal, parfois, de s’en tenir à ce genre de définition assez simple, ni trop ni pas assez et qui me fait dire que si François Mitterrand a été un souvenir de mon enfance, il est aussi, d’une certaine manière, l’enfance de mes souvenirs.   

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