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Peur lisible dans les yeux de ce chat.

Quel est le comble de la sécurité ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Réponse : de créer un sentiment d'insécurité.

Peur lisible dans les yeux de ce chat.
Peur lisible dans les yeux de ce chat. Crédits : Pai-Shih Lee - Getty

J'aimerais revenir ce matin sur la proposition de loi “sécurité globale” examinée la semaine dernière à l’Assemblée nationale, et revenir surtout sur la sécurité en elle-même.
Si elle fait désormais partie de l’actualité, si elle est si souvent invoquée par les politiques, en campagne électorale ou durant leur mandat, qu’il soit question de terrorisme, d’incivilité ou de pandémie, et si, en ce qui concerne la théorie, la sûreté est une notion classique en philosophie politique, la sécurité n’a jamais été, toutefois, une question consensuelle. 

En y pensant, je dois même dire qu’elle semble être une de ces rares notions dont l’évocation parvient à provoquer le contraire de ce qu’elle est par définition : à savoir, de l’insécurité.
Autant parler de bonheur peut rendre heureux, autant parler de beauté peut donner envie de regarder des tableaux de Monet ou d’écouter du Beethoven, autant parler de sécurité suscite d’emblée ce qu’elle est censée prévenir, autrement dit : un état généralisé de peur. Et ça, c’est paradoxal.

Inquiétante sécurité

En fait, la sécurité peut provoquer de l'insécurité de deux manières. 

Soit parce que l’envisager réveille une insécurité politique ou sociale : la sécurité entend protéger mais aussi contrôler nos libertés, d’où leur potentielle mise en danger.
C’est de ce point de vue-là, de la liberté, que les journalistes, certains hommes politiques et de nombreux citoyens s’inquiètent et contestent cette proposition de loi “sécurité globale” (notamment son article 24 qui modifie la liberté de la presse). 

Soit, et c’est la 2ème manière, parce qu’évoquer la sécurité va révéler, et même créer, un sentiment d’insécurité. Si on me dit qu’il me faut plus de sécurité, c’est que je dois peut-être en manquer, et donc, que je suis peut-être déjà en situation d’insécurité, et ça, c’est forcément inquiétant.
Même quand on est confiant, à force de faire de la sécurité un passage obligé de tout agenda politique, à force d’en faire non plus un droit mais une norme, on en vient forcément à se demander si on n’a pas été, jusque-là, aveugle à tous les dangers qui nous entouraient, d’où le développement d’un sentiment d’insécurité dont on n’avait pas pris conscience ou qui n’existait d’ailleurs peut-être pas. 

Et c’est bien cette 2ème perspective qui m’intéresse aujourd’hui… car elle ne met pas que la sécurité face à la liberté, comme condition ou entrave politique, mais elle met surtout la sécurité face à elle-même et à son propre problème… qui est qu’elle contient en elle-même son propre danger… 

Sûreté Vs. sécurité

Mais c’est là où il faut distinguer la sécurité de la sûreté… Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789, article 2 : 

“Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la SÛRETÉ, et la résistance à l'oppression.”

De même, Montesquieu, dans L’esprit des lois, ou Rousseau dans son Contrat Social, ne parlent pas de sécurité mais de sûreté. La sûreté est ce droit du citoyen à être innocent et protégé, mais la sécurité, elle, a une portée morale, et je dirais même, sentimentale. 

Elle est, à l’origine, un état d’esprit, une tranquillité de l’âme. Se sentir en sécurité, c'est se sentir serein, à l’abri : or, modeler ce sentiment, le contrôler, le cadrer avec des lois, revient à s’introduire dans les esprits et dans les cœurs, non pas à les rassurer, mais à les rendre suspects ou suspicieux, à l’égard des autres et d’eux-mêmes, ils sont là à veiller, surveiller et "malveiller". 

C’est là tout le problème : avoir fait de la sécurité de chacun une idée ou une mesure politique. Mais hélas, plus qu’un problème, c’est un comble : avoir transformé l’affaire de chacun en affaire d’Etat, n’a rien d’innocent. 

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