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Un bébé qui, manifestement, écrase un petit pois

C'est l'amour à la crèche

3 min
À retrouver dans l'émission

Se sentir honteux, fier, dépassé ou ému face à son enfant... peu importe : à la crèche, c'est l'amour-propre qui est en jeu.

Un bébé qui, manifestement, écrase un petit pois
Un bébé qui, manifestement, écrase un petit pois Crédits : Chad Springer - Getty

Depuis début novembre, il y a au moins une sortie à laquelle je ne peux pas déroger. Qu’il fasse déjà nuit, froid, doux, ou qu’il pleuve, qu’il y ait confinement ou couvre-feu, à 18 ou 20h. Que je sois fatiguée ou soulagée, il faut que j’y aille. Où ? A la crèche : chercher ma fille. 

La crèche est un endroit fabuleux : c’est un des seuls endroits au monde où il est permis de parler à bâtons rompus de “pâte à modeler”, de “caca” ou de  “sérum phy”, c’est aussi un des seuls endroits au monde où on emploie autant le mot “évolutif”, où a lieu un débat “moufles ou gants” et où on doit porter des surchaussures. 

Mais c’est aussi le 1er endroit où l’on rencontre des personnes comme soi : des personnes qui commencent à être parents. Ou plutôt des personnes qui commencent à comprendre à quoi doit ressembler un parent aux yeux des autres parents. Ou plutôt, et plus précisément, à quoi devrait ressembler un bon parent aux yeux des autres parents. 

Affable mais pas bavard, sympathique mais pas lourd, drôle mais intransigeant face à une crise infantile. Autrement dit : ce que l’on n’arrive jamais à être. 

Ne pas être préféré

S’il y a peu d’endroits où l’on parle autant de pâte à modeler, il y a aussi peu de situations où l’on se sent autant examiné.
Pas la peine de lire des théories déculpabilisantes de parentologie, vous n’y pourrez rien, vous vous sentirez toujours dépassé, honteux, gêné ou flatté si votre enfant crie “putain” ou dit poliment “au revoir”. Et vous en ferez de même. 

Alors qu’on pensait, en tout cas que je pensais, avoir dépassé (ou du moins fait avec) les enjeux de comparaison typique des années collège ou lycée, voilà que la crèche m’y a fait replonger.
En quelques jours, à peine, j’ai eu l’impression de revivre ce que Jean-Jacques Rousseau décrit dans son Traité d’éducation à propos d’Emile, un adolescent qui découvre le regard des autres : 

“L’amour-propre, qui se compare, n’est jamais content et ne saurait l’être, parce que ce sentiment, en nous préférant aux autres, exige aussi que les autres nous préfèrent à eux, ce qui est impossible.” 

Sauf que tout l’enjeu, ici, n’est pas d’être préféré par les autres, en l’occurrence les autres parents, mais d’être, au contraire, transparent, ni trop laxiste ni trop vigilant.
De là, ce paradoxe : devoir jouer parfaitement un rôle de parent, aux yeux d’autres parents, pour surtout ne pas être remarquée. 

Rôle de non-composition

Ecoutez-vous parler à votre enfant quand il y a d’autres parents, ou même des amis, ou de la famille : tout, votre ton, votre manière de dire “je ne suis pas d’accord, je vais me fâcher”, votre intérêt pris à savoir s’il a bien mangé ou à prévenir, que ça y est, on a enlevé les barreaux de son lit, tout sonne faux. 

Pas que vous ne soyez pas d’accord avec ce que vous dites (moi, j’aime vraiment bien savoir si ma fille a fait sa sieste, par exemple) mais l’investissement, l’empressement mis à le savoir, toute cette mécanique de gestes et de répliques, a quelque chose de joué. 

Ce n’est pas qu’on n’est pas soi-même, ou trop soi-même, c’est que de soi-même, on accepte d’interpréter un rôle qui n’est pas de composition mais dont on sait pourtant qu’il reste malgré tout un rôle, sans fleurs ni couronnes, sans prix ni récompense, si ce n’est la vague tranquillité de ne pas passer pour le parent trop libéral, trop beauf, trop prévoyant, ou pire trop cool. 

C’est d’ailleurs le drame de ce rôle : pas qu’il ne rapporte aucun prix ou seulement de la tranquillité, mais qu’il nous révèle que l’amour-propre n’en a parfois aucun. Et d’ailleurs, c’est le moment pour moi d’y aller et de le redécouvrir encore une fois. 

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