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Se faire vacciner et pleurer

Le syndrome des vaccinés

3 min
À retrouver dans l'émission

Enthousiaste pour vous faire vacciner, ne vous croyez pas sortis de l'auberge !

Se faire vacciner et pleurer
Se faire vacciner et pleurer Crédits : bortonia - Getty

J’étais tranquillement en train de profiter de mon week-end, à parler du beau et du beau temps, à aller au cinéma voir un film moyen (mais bon comme c’était dans une salle obscure, que demander de plus), à boire des verres en terrasse et à organiser mon agenda en fonction des matchs de l’Euro, quand, petit rappel à l’ordre, j’ai appris non seulement l’existence d’un syndrome mais que j’y étais probablement sujette : le “syndrome du vacciné”. 

Est atteint de ce syndrome celui qui, sortant de sa 1ère dose, se croit tout permis, comme dans le monde d’avant. C’est par exemple celui ou celle qui fait la bise en sortant du vaccinodrome, ou plus pernicieux, celui qui ayant regardé vite et mal les graphiques d’immunité, fait tomber le masque au bout de 10 jours… alors qu’il faudrait plutôt compter 20 jours ! Et avec la 2ème dose, c’est mieux, évidemment. 

Autrement dit, est atteint de ce syndrome celui ou celle qui, peu importe son sérieux durant trois confinements, peu importe son amour du gel hydroalcoolique et des masques FFP2, peu importe sa ferveur dans l’ARN messager, tout à coup, se relâche et en vient à vivre ce comble : être vacciné mais positif au covid… 

Dernière ligne droite

Je n’ai pas non plus brûlé tous mes masques, et je n’ai pas non plus refait la bise (de toute façon, qui fait encore la bise), mais oui, je me relâche. Je suis exactement dans les méandres du relâchement : cet état ambigu où la tension n’a pas disparu mais bon, elle est juste un peu moins forte. 

Je suis sur cette dernière ligne droite qui n’est jamais vraiment droite, où on croit en avoir presque fini, mais tout est dans ce “presque”, où on est sur le point d’en finir, mais tout est encore dans ce point. 

En fait, cette idée de relâchement désigne précisément cet état où on a tout donné mais où légitimement, car tout effort appelle un réconfort, car toute tension est nécessairement suivie d’une détente, on donne un peu moins, on est encore dedans mais plus vraiment.

Mais, il faut le souligner, on est encore dedans, on sait bien que tout n’est pas fini. C’est tout le paradoxe : le relâchement n’est jamais total, il a encore quelque chose de la tension et on a beau se détendre, on n’est pas complètement détente non plus. 

Faute morale

Pensez-y,  quand on se relâche, on ne se lâche jamais totalement. C’est injuste d’ailleurs, car le relâché avait tout bien fait jusque-là, et il chute sur la dernière marche. Mais c’est aussi le problème : comment se fait-il que le relâchement entache tout l’effort fourni, qu’il soit plus puissant que tout ce qui a été accompli jusque-là ? 

Quand on parle “relâchement”, on entend une condamnation : celui qui se relâche est totalement condamné. Car il n’a pas seulement commis une erreur, il a carrément commis une faute, il a été imprudent. 

A propos de prudence justement, Aristote dans son Ethique à Nicomaque en dit ceci : 

“Le propre de l’homme prudent est sa capacité de bien délibérer sur ce qui est bon et utile pour lui, non de façon partielle, par exemple en ce qui concerne sa santé ou sa vigueur, mais en fonction du bien vivre pur et simple”. 

Alors, vous me direz : que reste-t-il du bien vivre pur et simple quand on a le covid et qu’on est pourtant vacciné ? Peu de choses. Mais peut-être ce vacciné n’a-t-il pas seulement délibéré sur sa santé, comme le précise Aristote, et peut-être a-t-il pensé au bien-vivre pur et simple ? 

En fait, il s’est trompé, il a mal délibéré, et il fait cette douloureuse expérience : on peut être prudent et se tromper et voilà qu’on est imprudent. Que voulez-vous : la prudence n’est pas une science exacte, alors que se relâcher devient pour le coup nécessaire. 

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