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My name is

Le nom de ma mère

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Pourquoi vouloir donner deux noms de famille à un enfant alors qu'un seul (celui de la mère) suffit ?

My name is
My name is Crédits : t_kimura - Getty

C’est la demande portée par le bien nommé collectif “Porte mon nom” : donner automatiquement le nom de famille de la mère et du père à la naissance d’un enfant. Depuis 2002, les parents ont le choix : donner l’un des deux noms ou les deux, et dans l’ordre qu’ils veulent. Mais donner les deux noms permettrait de résoudre bien des problèmes : 

-un problème d’égalité et d’invisibilité des mères, car jusque-là par usage et habitudes, c’est encore le nom des pères qui est le plus donné ; 

-un problème très pragmatique, car pas besoin de justificatifs type livret de famille, pour prouver qu’on est bien le parent (difficulté qui peut se poser lors d’inscriptions ou de voyages à l’étranger, par exemple) ; 

-et enfin, des problèmes de souffrance (le mot revient souvent dans les interviews de la porte-parole, Marine Gatineau-Dupré) : porter le nom d’un père absent ne peut être que source d’incompréhension. 

Au fond, le projet vise à corriger une injustice : loin d’être seulement une étiquette, un nom révèle bien une réalité, mais encore faut-il se demander quelle réalité… 

Double poids filial

Je suis bien placée pour connaître le sujet : je porte deux noms de famille, celui de ma mère et celui de mon père. Et je dois dire que si ça les a rendu contents, quelle plaie d’avoir un nom composé. 

Jamais enregistré au bon nom, un coup Mosna, un coup Savoye, un coup MosnaSa, jamais assez de place dans les formulaires, sans parler de l’inexistence du tiret. Et si j’avais dû choisir à 18 ans, entre l’un des deux noms (comme le propose ce collectif), comment aurais-je fait ? Choisir entre mon père et ma mère ? Non merci. 

Si des enfants se demandent pourquoi ils n’ont qu’un nom, je me suis souvent demandée le contraire : pourquoi n’avez-vous pas choisi ?
Loin de simplifier la vie, avoir deux noms la complique, l’épaissit, l’alourdit. Et la réalité que révèle le double nom de famille, c’est le double en poids filial.
Paradoxalement, en voulant rendre justice à un nom de famille, on prend le risque de pénaliser celui qui le porte. 

Un nom et le bon

Si, et c’est le cas, ce sont bien les mères qui assurent la majorité des démarches administratives, si ce sont elles qui se retrouvent invisibilisées tout en éduquant leurs enfants, ce qui est un comble, pourquoi ne pas aller plus loin et automatiquement donner le nom de la mère et seulement le nom de la mère ? 

Car c’est bien l’enjeu de ce projet : que le nom de famille porté soit plus en accord avec la réalité. Mais c’est aussi le problème soulevé : la juste coïncidence entre nom et réalité. A partir du moment où l’on n’est pas nominaliste (c’est-à-dire que l’on pense que les noms désignent une réalité et pas seulement eux-mêmes), de quelle réalité le nom peut-il être le nom ? Et en particulier le nom propre ?

Les philosophes eux-mêmes n’étaient pas d’accord : l’anglais John Stuart Mill soutenait qu’un nom propre désignait bien un individu, mais n’avait pas de signification. A la différence de l’allemand Frege pour qui le nom propre ne faisait pas que dénoter mais connoter, autrement dit, avait un sens : 

“Dans le cas d’un nom propre comme « Aristote », les opinions peuvent assurément diverger sur le sens. On pourrait par exemple admettre comme étant le sens : l’élève de Platon ou le précepteur d’Alexandre le Grand. Tant que la dénotation reste la même, ces fluctuations du sens peuvent être tolérées”. 

Ce qui se confirme, c’est donc que le nom propre n’est jamais qu’une seule étiquette, mais ce qu’on apprend, c’est qu’il désigne et tolère par lui-même des sens différents. Pourquoi vouloir le doubler alors qu’il comporte déjà tant de possibilités de compréhension ? N’ayons pas peur des noms : choisissons un nom, le bon : celui de la mère. 

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