LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Encore libre de faire du jogging

A quel moment faut-il s'inquiéter pour sa liberté ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Attestations, port du masque, circulation limitée... trouver une situation aliénante suffit-il à tirer la sonnette d'alarme de nos libertés ?

Encore libre de faire du jogging
Encore libre de faire du jogging Crédits : Jacobs Stock Photography Ltd - Getty

Ca fait déjà plusieurs semaines que je tourne autour du pot dans ma tête. Hélas pour moi, et j’envie les plus sûrs d’entre nous sur le sujet : je n’arrive pas à trancher sur la question de la liberté, ou plutôt, comme on dit en ce moment : sur la question de nos libertés. La crise sanitaire est-elle liberticide ? Suis-je en train de céder du terrain au nom de ma sécurité et de celle de mes concitoyens ? 

J’avoue ne plus très bien savoir… Car si je ne vis pas chacune des mesures prises face au covid, du port du masque au confinement, comme une entrave définitive à ma liberté, si ma situation personnelle et matérielle joue, c’est vrai, beaucoup en cette faveur, je ne peux pas m’empêcher de trouver la situation, à certains égards, absurde et même aliénante. 

Et me voilà à suivre les débats sur qui est un bien essentiel ou pas, à circuler avec une attestation et dans un périmètre de 1 km, tout en regardant des joggeurs courir et rire sans masque en bas de chez moi…
Et c’est là toute ma question : trouver une situation absurde ou aliénante est-il pour autant un signal d’alarme pour mes libertés ? 

Variations et contradictions

C'est bien ma question : qu’est-ce qui justifie de s’inquiéter pour ses libertés, à quel moment faut-il commencer à se réveiller et même à se révolter ? 

Ce qui est frappant quand on regarde la définition de la liberté, c’est qu’elle est assez vague dans son sens premier, pour laisser planer le doute. Par exemple, si je prends mon fidèle Dictionnaire de la philosophie (de Jacqueline Russ), c’est, je cite :
“l’état de la personne qui n’est pas en état d’esclavage, de servitude. Cette personne ne subit pas la contrainte d’un autre”. Dans cette même lignée, Rousseau puis Kant ont défini l’autonomie, soit le fait d’obéir aux règles que l’on s’est prescrit. 

Mais qu’en est-il de cet état où l’on n’est pas en état d’esclavage ni de servitude, où l’on suit les règles que l’on s’est prescrit en tant qu’individu mais aussi membre d’une communauté démocratique, sans pour autant, s’y reconnaître ni les comprendre ?
Qu’en est-il précisément de cet état paradoxal où l’on reste libre mais, quand même, un doute nous irrite, où, sans se sentir prisonnier et encore moins avoir envie de se révolter, on se sent malgré tout aliéné ? 

C’est là, je crois, l’un des problèmes de la liberté : laisser penser qu’elle ne souffre, dans sa définition ou en réalité, aucune demi-mesure, qu’elle est ou qu’elle n’est pas, qu’elle est tranchée, alors qu’il y a, dans son exercice-même, dans sa jouissance-même, une infinité de variations et de contradictions. 

De l'autonomie à la soumission 

D'où ma question : à quel moment s'inquiéter pour sa liberté ? Je préfère tout de suite y répondre : je n’en sais rien.
Et voilà pourquoi je n’arrive pas à dire qu’on n’est plus du tout libres ou qu’on est encore vraiment libres, et pourquoi je n’arrive pas à m’indigner de l’état de nos libertés en temps de covid ni à les trouver totalement normales. 

Rousseau a beau dire, dans ses Lettres écrites de la montagne, lettre 8 précisément, que : 

“La liberté consiste moins à faire sa volonté qu’à n’être pas soumis à celle d’autrui”...

comment savoir ce qui, en moi, vient de moi seul, et pas d’un autre ?
Et si cela vient d’un autre, sous la forme de règles que je comprends mais qui ne me conviennent pas, est-ce pour autant une preuve de non-liberté ?
Je ne sais toujours pas. 

C’est peut-être la leçon que j’en tire d’ailleurs : je ne saurais donner la définition finale et parfaite de la personne libre.
Evidemment, je ne parle pas de droits, d’accès à l’éducation ou aux soins, je parle d’une personne qui saurait parfaitement rendre compte de ses choix et de ses actions, qui saurait parfaitement trancher entre ce qui, en elle, relève d’elle, ce qui relève d’un accord avec d’autres, et ce qui relève de l’influence voire de soumission à d’autres qu’elle-même. 

Une chose est sûre : me voilà libre de tourner encore autour du pot sur cette question pendant plusieurs semaines. 

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
Chroniques
8H55
3 min
A quoi rêvez-vous ?
A quoi pense Nina Childress ?
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......