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Une personne qui dit non aux mots en "non"

"Non-essentiel", "non-ouverture"... : tous ces non-mots

3 min
À retrouver dans l'émission

Non-réouverture, non-essentiel, non-déplacement... pourquoi rajouter trois lettres devant un mot n'est-il pas suffisant pour marquer une opposition ?

Une personne qui dit non aux mots en "non"
Une personne qui dit non aux mots en "non" Crédits : brusinski - Getty

Assez naïvement, je pensais que le 15 décembre serait un jour pas comme les autres, pas forcément grand mais un jour un peu différent : celui du déconfinement, de la réouverture des lieux culturels (pas que j’y aille souvent mais j’aime bien la possibilité d’avoir le choix de ne pas y aller), et bien sûr, la perspective des vacances en fin de semaine. 

Finalement, personne n’ira nulle part (en tant cas pas dans les cinémas ni les théâtres)… On peut tout à fait déplorer cette situation, s’indigner que la culture soit aussi peu considérée, critiquer cette hiérarchie entre culture et consommation, ou encore s’inquiéter de cette mise en concurrence entre ce qui est essentiel et ce qui est non-essentiel. 

Pour ma part, ce qui me frappe, c’est justement cette apparition du “non” dans l’espace public. Non-essentiel, non-réouverture, non-respect du confinement, non-déplacement…
Il suffit de rajouter le filtre “non” à un mot pour obtenir une photo assez fidèle à la réalité de la pandémie… toute la question étant : cette photo est-elle un tant soit peu nette et distincte?

Non, c'est non

Il n’y a pas plus simple comme mot que “non”. C’est le contraire de “oui”, tout ce qui débute par “non” n’est donc ni accepté ni affirmé mais la marque du refus et de la négation. 

D’ailleurs, au lieu d’avoir des antonymes dans la langue française, je ne comprends pas pourquoi on n’a pas toujours fonctionné comme ça : pourquoi pendant des siècles, on a parlé de fermeture alors qu’il y avait le terme de “non-ouverture”, et pourquoi on s’est fatigué à employer l’adjectif “inessentiel” alors qu’il était là aussi, tout simplement, le “non-essentiel”... 

Et c’est la même chose pour d’autres mots : pourquoi on ne dirait pas “non-heureux” au lieu de “malheureux”, “non-sortie” au lieu d’entrée, non-silence au lieu de paroles… et même pourquoi on ne pourrait pas, au lieu d’un vulgaire “négation” parler de “non-affirmation” ? 

Après tout, pourquoi s’embarrasser de la négation en bonne et due forme, précise, argumentée, du refus singularisé, d’une opposition bien formulée et bien pensée, quand on peut se contenter de rajouter trois lettres devant un mot, d’un non, pour dire “non” ?

Le "non" n'est pas le négatif

En fait, ce qui me frappe le plus dans cette tendance au “non-tiret-mot” : c’est ce non-choix des mots et ce non-choix tout court. Paradoxalement, le “non”, ici, n’a rien de l’opposition affirmée mais de l’opposition simplement contraire, ou devrais-je dire de la non-opposition. 

Pourtant, quand on y pense, il y a plein de manières de dire “non” : je passe sur les antonymes que j’ai déjà cités, mais je ne sais pas moi : l’esprit de contradiction, le nihilisme, et puis, en philosophie, il y a aussi la négativité. Là-dessus, on doit beaucoup de choses au philosophe allemand, Hegel, et à sa dialectique, sa pensée qui avance par contradictions : 

“Le négatif est également positif, autrement dit ce qui se contredit ne se résout pas en zéro, en néant abstrait”... 

Autrement dit, le négatif s’enrichit du terme qu’il nie tout en apportant un concept nouveau.
Mais, c’est bien le problème : qu’apporte le simple non qu’on ajoute bêtement devant un terme ? Eh bien, rien. Le “non” nie mais n’apporte aucune avancée dans la pensée, dans l'action et encore moins dans le débat (car face à un “non”, on ne peut être que bêtement contre). 

Finalement, c’est peut-être ça la photographie de ce non-déconfinement : on fait du sur-place. 

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