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Anatomie de mon meilleur ennemi

Mon corps, mon meilleur ennemi

4 min
À retrouver dans l'émission

2020 est l'année où l'on a jamais autant évoqué et examiné nos corps... Fallait-il une pandémie pour prendre conscience qu'on ne faisait qu'un avec son corps ?

Anatomie de mon meilleur ennemi
Anatomie de mon meilleur ennemi Crédits : mikroman6 - Getty

Tout a très mal commencé dimanche, puisque je me suis réveillée en ayant mal à la gorge, et qui dit mal de gorge en 2020 dit covid, dit détresse, dit réanimation, dit mort. A 8h30, j’étais donc déjà en pleine crise d’angoisse.
Et en pleine réflexion : 2020 n’est pas seulement l’année d’une pandémie, mais surtout l’année où l’on n’a jamais autant examiné nos corps, parlé de nos corps, pensé à nos corps… 

Et de symptômes en réflexions sur la contamination, je me suis rendue compte que mon corps n’avait plus rien d’un ami, d’un bien, d’un habitat, ou mieux de mon être, mais d’un énorme fardeau devenu mon meilleur ennemi.
Faut-il qu’il soit fatigué ou enroué, et je suis dans tous mes états… mon corps qui va pourtant bien, et dont, c’est une évidence, je ne peux pas me séparer, dont je prends soin et que je connais depuis des années, ne m’a jamais paru aussi peu fiable. 

Et j’en suis arrivée à ce constat paradoxal : si la plupart des personnes développent de belles et grandes défiances, envers d’autres qu’eux-mêmes tels les médias, les politiques ou les vaccins, j’ai complètement orienté la mienne vers mon propre petit corps…

De la gorge au genou

Pour me changer les idées, j’ai décidé de faire du vélo. Mais à 10h30, le drame : j’ai glissé dans une flaque de boue. Et voilà que quelques heures après un simple raclement de gorge, j’étais donc aux urgences, pour un genou qui avait doublé de volume. Et c’est là où toutes mes réflexions du matin sur mon corps, ont pris leur sens. 

Car venue pour le genou, c’est mon cœur qui s’est emballé. Et d’un problème orthopédique, je suis passée à un problème cardiaque. Vigilants, les soignants (comme on dit désormais) se sont affairés. Etais-je en train de faire un arrêt cardiaque, une hémorragie interne, ou tout simplement, une crise d’angoisse…? 

En fait, j’étais juste un peu stressée. Mais loin d’en profiter pour me réconcilier avec moi-même, j’ai pris acte, après la gorge et le genou, de la rupture avec mon propre cœur.  Pourquoi m’avait-il trahi à son tour ? Pourquoi n’avait-il pas pris le temps de battre comme je lui demandais, à un rythme régulier et apaisé ? 

Ca faisait longtemps que je connaissais la phrase de Descartes dans ses Méditations métaphysiques, la 6ème : 

“je ne suis pas seulement logé dans mon corps ainsi qu’un pilote en son navire”. 

J’avais bien compris que ma volonté ne suffisait pas à stopper un mal de gorge, mais de là à prendre l’eau sans n’avoir rien vu venir et sans ne pouvoir rien faire… Et si c’était, en fait, mon corps qui me pilotait et qui me défiait désormais ? 

Quand le navire prend l'eau... 

Descartes ajoute : 

“je suis conjoint à mon corps très étroitement et tellement confondu et mêlé, que je compose comme un seul tout avec lui.”

Et c’est ainsi que Descartes en vient à dire que si son navire prend l'eau, c'est-à-dire si son corps a mal, il ne s’en aperçoit pas par l’entendement, de loin, mais par la sensation (la douleur par exemple). 

Mais, je me demande, Descartes avait-il pensé à tous ces maux qui ne font pas mal ? avait-il pensé aux asymptomatiques, aux hypercondriaques dans le déni de la maladie, ou tout simplement, à la plupart d’entre nous, ces indifférents dont le corps n’était jusque-là qu’une enveloppe ? 

Car, c’est bien le problème du corps : pour prouver qu’on ne fait qu’un avec lui, encore faut-il l’éprouver, encore faut-il prendre l’eau, encore faut-il souffrir, avoir mal.
Et voilà qu’il faut qu’il se signale comme un être distinct pour qu’on s’y sente lié, qu’il nous lâche pour qu’on s’y sente enfermé et qu’il perde en vitalité pour réaliser que notre vie ne tient qu’à la sienne. 

A 19h, je suis sortie des urgences avec cette conclusion : on ne fait donc qu’un avec son corps qu’au moment où on entre en duel avec lui. Et cette question : l'union est-elle possible sans prendre l'eau ?
Réponse dans une semaine, après ma prise d'antidouleurs. 

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