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Attention, chéri, ça va exploser

A la recherche de la gêne occasionnée

3 min
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Quand tu es contrarié, mais que tu ne sais plus pourquoi.

Attention, chéri, ça va exploser
Attention, chéri, ça va exploser Crédits : Richard Drury - Getty

Je ne vais pas non plus vous faire un point complet sur ma journée d’hier. Pas que ce ne soit pas passionnant de vous raconter un lundi de Pentecôte, mais je vais plutôt évoquer un point précis. Ce sera donc un point sur un point. 

Hier, comme ça, sans crier gare, un sentiment bizarre m’a envahie. Ce n’était pas une crise d’angoisse qui s’annonçait, ni une sorte de nausée métaphysique façon Jean-Paul Sartre, ce n’était pas non plus un tracas lié à une petite difficulté à surmonter, et encore moins les prémisses d’une grande colère. 

Non, c’était beaucoup plus anecdotique que ça… c’était quelque chose de désagréable. De l’ordre du désappointement, de l’irritation, de la contrariété. C’était plus ou moins ça, mais pas sûre. Voilà : impossible non seulement de nommer précisément cette impression, mais surtout de remonter à cette chose qui avait causé cette impression. Et pourtant, cette irritation, elle, était bien là. 

Miné à 30%

Ca ressemblait à de la mauvaise humeur. Quand on se lève du mauvais pied alors que la journée ne s’annonce pas pire que celle de la veille, alors qu’il n’y a aucune raison précise d’être chagrin ou énervé. 

Sauf que dans mon cas, il y avait bien eu quelque chose, un élément déclencheur, un avant / un après, mais occupée à autre chose, je l’avais oublié…et s’est seulement rappelé à moi cette sensation désagréable. 

Ce n’était donc pas seulement de la mauvaise humeur. Mais une contrariété qui avait une cause, une raison, une justification, que je ne pouvais paradoxalement pas identifier. Où était-elle passée ? Pourquoi et comment mon esprit l’avait-il absorbée ? Et que faire d’une telle impression qu’on ne peut ni ramener à un état général (type déprime) ni réduire à une ampoule cassée ? 

Ca n’a l’air de rien, mais ce genre de micro-événements minent, grosso modo, selon mes estimations, 30% de nos vies. Nous voilà empêtrés dans des soucis qui s’entremêlent, qui s’accumulent, dont on sait plus d’où ils sortent ni lequel est le plus grave, mais qui impriment les 2/8, là encore selon mes estimations, de nos journées d’un goût nauséeux. 

J’aurais pu laisser tomber, me dire que si j’avais oublié l’élément déclencheur, c’est que le problème n’en était pas un. Mais non, j’ai pourtant décidé que c’était plus problématique de ne pas me souvenir de ce qui avait causé ce désagrément que de l’enterrer définitivement. J’ai donc décidé de partir à sa recherche. Et de faire de mon problème un problème. 

Scolie de la proposition 15

Tout d’abord, j’ai tenté une chose qui n’a pas marché : j’ai tenté de recréer les conditions de possibilités dans lesquelles était apparue la cause de ma contrariété. Peine perdue, je n’allais pas faire naître une 2nde fois mon malaise. Autant essayer de le comprendre en tant que tel. 

J’ai alors pensé à la méthode de Spinoza, dans l’Ethique, quand il applique sa méthode géométrique aux sentiments. Parmi les multiples sentiments analysés, mon choix s’est tout naturellement porté sur l’aversion, soit :

“une Tristesse qu'accompagne l'idée d'un objet qui est cause de Tristesse par accident. Voir à propos de ces affects le Scolie de la Proposition 15”

Me voilà donc scolie de la proposition 15: 

“il peut se faire que nous aimions ou haïssions certains objets sans que nous puissions déceler aucune cause à cet amour ou à cette haine” 

Ok, d'accord. Aucune cause donc. Sauf celle de ressembler à une autre chose qui nous a peiné dans un épisode précédent. 

Et puis, surtout mon problème avait peut-être à voir avec un objet, mais toute ma question était de savoir lequel. Et je me suis retrouvée au fur et à mesure de ma quête, sans cause et sans objet. 

J’étais encore plus désappointée, et c’est bien le problème quand on problématise un problème, on se sent envahi par un sentiment tout à fait identifiable : l’échec. Mais au moins on est soulagé de parvenir à le nommer. 

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