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Pourquoi on se trompe toujours sur la rentrée

3 min
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Nous voici partis pour des mois à tenir le même rythme.

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A l'heure Crédits : Fiordaliso - Getty

Quand on reprend le travail, il se produit, je crois, deux choses. D’abord, on se donne des nouvelles. On se raconte nos vacances, on s’échange les dernières informations… emplois du temps, cantine, nouvelles recrues et anciens collègues… même quand on ne veut pas rentrer, il reste malgré tout une part incompressible de joie à retrouver des habitudes, comme on retrouve un vieux pull après des semaines en marcel. 

Ca, c’est la 1ère chose qui se produit quand on reprend le travail, autrement dit, un phénomène qu’on peut dire en prise avec des choses passées. La 2ème chose concerne plutôt le futur. Quand on reprend le travail, passés ces moments de récits estivaux et de retrouvailles, se présente à nous la masse de choses à accomplir. Réunions, dossiers, mails… On se dit qu’on est partis pour des mois à tenir le même rythme. 

Un ancien de cette matinale, Hervé Gardette, pour ne pas le nommer, comptait pour sa part le nombre de chroniques restantes avant la fin de la grille. De quoi avoir le vertige… mais de quoi bien poser cette question : comment bien évaluer tous ces événements (et non-événements surtout) à vivre mais que l’on n’a pas encore vécus ?

L'idée de l'avenir

Une solution serait de vivre au jour le jour, le "carpe diem", mais ça n'existe pas ou ça existe de fait. Car de fait, on vit au jour le jour, mais toujours à faire les mêmes choses que la veille. Mais passons sur cette routine qui imprègne nos existences. Le fait est qu’on a beaucoup réfléchi, enfin les philosophes, sur le temps en partant du temps qui s’était déjà écoulé. 

Regrets, souvenirs, éternel retour, vieillesse, mémoire. Alors oui, il y a les concepts de projet, de futur ou d’avenir. Mais que dire d’eux à part qu’ils sont de purs néants imprévisibles qui suivent le passé et le présent ? 

D’une certaine manière, on ne peut pas parler du temps autrement qu’en ayant recours au passé. Il n’y a rien de paradoxal là-dedans… il y a même de la sagesse à penser à ce qui s’est réellement passé plutôt qu’à imaginer le meilleur ou le pire à venir. 

Même Henri Bergson le dit (dans son Essai sur les données immédiates de la conscience) : 

“L'idée de l'avenir, grosse d'une infinité de possibles, est plus féconde que l'avenir lui-même, et c'est pourquoi l'on trouve plus de charme à l'espérance qu'à la possession, au rêve qu'à la réalité.”

Mais vous avez entendu, c’est là où il y a quand même un paradoxe : qu’on soit déprimé ou que l’on se réjouisse à l’idée de l’avenir, qu’on sache que, de toute façon, il y aura une erreur de jugement, qu’on va forcément se tromper ou être surpris, on ne peut pourtant pas s’empêcher de se projeter. 

Ou l'agréable surprise ?

C'est bien la preuve que le carpe diem, ça n’existe pas. Mais le problème est là : dans le fait de se projeter tout en sachant qu’on se projettera forcément mal. Ou pire tout en sachant qu’on se projettera trop bien, qu’on sait déjà parfaitement ce qui va se produire… la routine, encore. 

Et même dans ce cas-là où on pense déjà savoir ce que l’avenir nous réserve, même là, la réalisation de ce qui n’était encore qu’imaginé, est parfois pire à vivre. Imaginez : vivre ce qui était déjà prévu, parfaitement dans les moindres détails… 

D’où cet autre problème, plus grave que celui de mal penser le futur : le fait que la réalisation de ce qui n’était qu’un futur possible soit toujours décevant. L’avenir, le futur et tous nos projets sont-ils nécessairement ternes une fois devenus réalité ? 

Faut-il s’empêcher d’y penser alors même qu’on est bien obligés de s’organiser, de prendre ses précautions et qu’on ne peut pas envisager nos lendemains comme de grosses masses informes temporelles… 

Alors, bien sûr, il reste l’agréable surprise. Ah oui. Mais ne compter que sur elle, hélas, la rend terriblement attendue. 

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