LE DIRECT
Très beau film d'Eric Rohmer qui a un peu à voir avec ce sujet

L'ami de mon ami

3 min
À retrouver dans l'émission

Est-il encore mon ami ?

Très beau film d'Eric Rohmer qui a un peu à voir avec ce sujet
Très beau film d'Eric Rohmer qui a un peu à voir avec ce sujet Crédits : Affiche Eric Rohmer

Je ne pourrais pas vous dire son nom, je ne le connais pas vraiment. Ce n’est pourtant pas un inconnu. Et puis, il n’est pas seul, il y en a plein des comme lui. Et on en connaît d’ailleurs plein. C’est justement celui qu’on appelle une “connaissance”, vous voyez cette personne qu’on croisait tout le temps dans des soirées, dans les mêmes dîners ou aux mêmes cafés. 

Fille ou garçon, peu importe ; on avait une idée de son âge, mais après tout, on n’en savait rien ; on avait aussi une petite idée de ce qu’il faisait dans la vie, mais pas vraiment non plus ; et parfois même son prénom nous échappait. 

C’était un ami d’un ami, ou un simple contact, on pouvait parfois l’appeler un “pote” avec tout le côté un peu mou qu’implique la simple sonorité de ce mot.
Souvent, je pense à lui, à ce pote, cet ami d’ami, ce contact, cette connaissance, ni inconnu ni connu. Qu’est-il devenu depuis tous ces mois ? 

Que s’est-il passé depuis cette soirée de février 2020 où on ne s’était même pas dit “au revoir”, confiants ou indifférents de se recroiser deux semaines après, et puis de toute façon, pas assez proches pour se donner des nouvelles ?

Est-il encore en couple ou a-t-il trouvé quelqu’un ? Que pense-t-il du vaccin ? Est-ce qu’il est en télétravail ? A-t-il changé de coiffure ? Est-il le même ? Voilà, souvent, je pense à lui, à ce pote, cet ami d’ami, ce contact, cette connaissance, ni inconnu ni connu... 

Relations molles

Ce n’est pas que cette connaissance me manque, c’est tout ce que cette connaissance représente, symbolise, qui me manque : toutes ces relations un peu lâches, un peu molles, un peu distendues, pas suivies et qui tiennent sans que l’une des deux personnes au bout du lien n’ait rien à faire. 

Car en ce moment, pour se parler, pour se voir, faut en vouloir, il faut faire un effort : on ne tombe plus sur des gens, comme ça. Non, on doit les appeler, se fixer des rendez-vous virtuels ou réels d’ailleurs, on planifie. 

Et parmi toutes les personnes qu’on côtoie, il ne reste plus que les vrais amis : ceux qu’on voyait parce qu’on voulait déjà les voir.
Il reste aussi les collègues (pas ceux du couloir, hélas) mais ceux avec qui on travaille tous les jours : on les voit mal coiffés, contents ou agacés en réunion zoom, on s’envoie des textos, on a des groupes WhatsApp, parfois même on se voit dans un bureau. 

Mais les autres ? Qui sont moins que des inconnus, mais plus que des visages connus d’un quartier, qu’on croise en allant acheter du pain, qui sont moins que des amis mais plus que des anonymes, qui ne sont ni des collègues ni de la famille. 

Ces autres, où sont-ils ? Et même qui sont-ils ? 

La sociabilité, c'est comme le paysage

Si on devait faire une typologie de ces relations, je ne saurais pas vraiment où les placer. Car c’est bien le paradoxe : avec des “connaissances”, on a des relations amicales, mais pas d’amitié. Ils sont des connaissances mais on ne connaît pourtant rien d’eux. 

Et ça, je confirme que, oui, ça me manque. Et c’est bien mon problème. Car ces relations non nécessaires avaient au moins une nécessité : non pas seulement révéler qu’on peut fréquenter des individus sans faire d’effort (ce qui est toujours bon à savoir), mais que la sociabilité, c’est comme un paysage. 

Comme le dit Georg Simmel dans sa Philosophie du paysage

“D’innombrables fois, il nous arrive d'aller à travers la nature et de percevoir arbres et eaux, collines et maisons, mais remarquer tel détail ne suffit pas encore à nous donner conscience de voir un « paysage ».”

Remplacez “nature” par “soirée”, “arbres, eaux, collines et maisons” par “ami'' et vous comprendrez à quel point nos paysages amicaux ne seraient rien sans ces fameuses connaissances. 

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  

Chroniques

8H55
2 min

À quoi pensez-vous ?

François Alu : "Si on est dans le changement, la transition et la perturbation, je pense qu'on est sur le bon chemin"
L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......