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Horloges.

La nostalgie de la vie à heures fixes

3 min
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Métro, boulot, dodo. C'était pas si mal.

Horloges.
Horloges. Crédits : Fiordaliso - Getty

Après la vie condensée qui consiste à tout faire en une journée (des réunions, des jeux et de la vaisselle), après la vie raccourcie qui consiste à tout faire avant 18h (des réunions, des courses, et après des jeux et de la vaisselle), voici que recommence la vie en décalé qui consiste à tout faire mais dans le désordre. 

Travailler après 20h, regarder la télé le matin, faire des gommettes de 8h à 11h, actualiser la page Ecole à la maison, dormir à 13h, lancer deux-trois activités ménagères à 10h15, 12h50 et 20h01, envoyer des mails la nuit, et se laver… quand on peut. 

Confinement 3, jour 3, et déjà une leçon tirée : au bout d’un an, on fait toujours les mêmes choses, ce qu’on a d’ailleurs toujours tous, plus ou moins, fait (travailler, nettoyer, faire des gommettes, bref tout, sauf sortir) mais en décalé, et en décalé, on ne s’y fait pas.  

Ce n’est pas que la vie sociale, culturelle, collée-serrée qui manque, mais la vie banale, réglée et à heures fixes, où on accomplissait des tâches sans même s’en rendre compte. Car la vie en décalé a ce défaut : rendre visible et difficile ce qui semblait facile et admis. 

Elle est où, la routine ?

Mais soyons précis : je ne veux même pas le monde d’avant, au contraire, je veux pire que ça : du train-train, de l’ennuyeux, de la routine. Car voilà, tout peut bien être terriblement lourd et répétitif au bout d’un an de pandémie, rien n’est cependant routinier. 

C’est d’ailleurs ce qui me surprend le plus en ce jour 3 de confinement 3, j’ai beau répéter ce que tout le monde a déjà dit (et sûrement en mieux), toutes les journées ont beau se suivre et déjà se ressembler, faire ce qui était fait tous les jours et dans le respect des règles, rien ne semble toutefois réglé, habituel. 

Et cette vie décalée, paradoxalement, me fait encore regretter cette vie banale que je n’interrogeais pas et à laquelle j’acquiesçais sans même dire oui... 

Alors vous me direz : encore heureux, comment s’habituer à ce qui est une crise, à ce qui, par définition, n’a pas de sens et bouleverse tout ?
Et vous pourrez aussi dire : mais pourquoi ne pas se saisir de cette “chance” pour justement questionner cette vie banale et routinière, et peut-être même la changer ? 

Ne pas questionner ses habitudes

Mais si je ne veux pas ? Ou plutôt et si le problème, ce n’était pas tant ça, l’ignorance, le refus ou la flemme de questionner toute cette routine banale et sûrement bancale, acceptée jusque-là sans sourciller ni questionner, mais cette idée que la routine, parce que banale et bancale, serait quelque chose de suspect, d’un peu condamnable et qu’il faudrait donc forcément questionner, décaler, pour la rejeter ou la modifier. 

Dans son Traité de la nature humaine, le philosophe écossais David Hume, nous dit ceci : 

“L’habitude est le grand guide de la vie humaine. C'est ce principe seul qui nous rend l'expérience utile, et nous fait attendre, dans le futur, une suite d'événements semblables à ceux qui ont paru dans le passé. Sans l'influence de l'habitude ou de l’accoutumance, nous serions totalement ignorants de toute chose au-delà de ce qui est présent à la mémoire et aux sens”. 

Il faut le préciser : David Hume parle ici de la connaissance, de ce qui fait que l’on sait que tous les matins le soleil se lève, et pas des réunions zoom ou des devoirs à la maison. 

Mais après tout, il avait quand même raison : l’habitude ne nous rend pas aveugle à la vie qu’on mène, mais nous la fait connaître et ça presque sans effort. Pas forcément besoin d’une vie en décalé pour penser, aimer ou pas, la banalité de nos vies.  

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