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Illustration du vide des lapsus

Non, les lapsus ne révèlent (souvent) rien

3 min
À retrouver dans l'émission

Le succès des vidéos de personnalités faisant des lapsus révèle notre tentation d'y voir l'expression d'une vie psychique cachée. Mais s'il n'y avait rien à révéler ?

Illustration du vide des lapsus
Illustration du vide des lapsus Crédits : mikroman6 - Getty

C’était hier après-midi, j’allais alors rédiger une chronique sur un tout autre sujet, quand une amie m’a écrit un message pour me faire part de sa colère à l’égard de son compagnon : celui-ci avait oublié de caler la nounou pour leur enfant et elle s’était ainsi retrouvée, je cite, “dans la merde”. Sauf qu’elle ne m’a pas écrit “merde” mais “mère”. M.E.R.E., la maman quoi. Elle m’a donc écrit : “il m’a mis dans la mère”. 

Evidemment, j’ai jubilé, c’était trop beau psychanalytiquement parlant : j’avais l’impression qu’elle me révélait que la mère qu’elle est, s’était retrouvée dans la merde à devoir jouer son rôle de mère.
Alors, oui, ce n’était pas un réel lapsus mais son correcteur automatique (et mon amie n’a rien vu d’autre que ça)… pourtant, le phénomène n’est pas nouveau : on a tous partagé des erreurs commises par SMS, ces gros mots envoyés à son chef ou ces coquilles honteuses qui semblent nous mettre à nu. 

Je suis sûre que certains y ont vu une réinvention de l’écriture automatique surréaliste, ou le renouveau du lapsus psychanalytique.
Et pourquoi pas d’ailleurs, car le correcteur automatique qui porte parfois mal son nom, semble pourtant révéler quelque chose de soi, malgré soi. Mais alors quoi ? 

Lapsus, acte manqué et autres "petits faits" 

Cette histoire de correcteur automatique m’a mis face à une question qui me fascine : comment se fait-il qu’un fait que l’on pense anodin, ou du moins, accompli de manière anodine, puisse en dire autant sur quelqu’un ? 

Cette question, apparemment, ne fascine pas que moi : il suffit de regarder le succès de vidéos de personnalités faisant des lapsus. Et qu’il s’agisse de lapsus, d’acte manqué, ou désormais, de correcteur automatique, la tentation est grande d’y voir l’aveu d’une personne, de ce qu’il est en son for intérieur, sans jamais se l’être dit.  

La tentation est forte, et même étayée, puisque Freud, dans sa Troisième conférence sur la psychanalyse (1909) affirme, à propos de ces “petits faits” tels les lapsus ou les actes manqués : 

“leur prise en compte peut amener à la découverte de ce qui est caché dans la vie psychique (...). Avec leur aide, l’être humain trahit en règle générale les plus intimes de ses secrets”. 

Désir inavoué, préoccupation inconsciente ou fantasme refoulé… tout est donc bon pour penser qu’avec ces “petits faits”, le secret d’une âme va enfin nous être délivré, tout est bon pour y voir un signe pertinent, saillant, distinctif, révélateur de soi, mais révélateur de quoi en soi ? 

Révélation en mousse 

Le paradoxe est là : il faudrait qu’on “tombe” malgré soi, sur une manifestation de soi, pour en apprendre sur soi. Comme si plonger en soi avait forcément à voir avec l’inattendu, le magique, la découverte, avec ce qui relève précisément de la révélation. 

C’est bien le problème selon moi : pourquoi penser qu’en apprendre sur soi pourrait relever de la révélation ?
Comme s’il y avait ce moment décisif, comme dans les films, où l’on comprend enfin tout ? comme si tout était contenu en un mot, en un moment, en un “petit fait” comme le dit Freud ? Et comme si, surtout, il y avait quelque chose à révéler ? 

Mais s’il n’y avait rien à comprendre, à expliquer, à révéler de soi ? Après des années de psychanalyse, j’en témoigne : mon être que je croyais captivant et dont je pensais découvrir les secrets et traumas, est surtout d’une platitude sidérante. 

Au final, voici ma théorie : et si la jubilation à se saisir du moindre petit fait (comme je l’ai fait avec mon amie), lapsus ou correction automatique, révélait surtout que sa propre vie psychique n’avait rien de palpitant ? 

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