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Coucou, c'est moi !

"Je t'appelle pour te dire que je t'appellerai plus tard"

3 min
À retrouver dans l'émission

Qui n'a jamais eu au téléphone une personne lui disant qu'elle n'avait pas le temps de parler ? Et qui n'a jamais trouvé ce genre d'appels ou de messages complètement absurdes ?

Coucou, c'est moi !
Coucou, c'est moi ! Crédits : Caspar Benson - Getty

Vous voyez ce coup de fil qu’on passe tous, tout le temps. Le coup de fil qui ne sert à rien, pas celui pour prendre des nouvelles ou juste pour le plaisir de parler. Non, pas celui-ci, l’autre : ce coup de fil qu’on passe pour dire... qu’on va rappeler plus tard ou pour dire qu’on ne peut pas répondre tout de suite.

Voilà, vous y êtes : combien d’appels de ce genre en une journée ? combien de mails reçus pour vous dire qu’on s’occupera vraiment de vous répondre mais à un autre moment ? Et de votre côté, combien de textos envoyés pour avertir que là, vous n’avez pas le temps, mais que la suite arrivera bientôt ?
Et combien de fois à vous dire : mais pourquoi je fais ça ? Quitte à répondre, pourquoi différer l’information tant attendue, pourquoi ne pas la donner directement ? 

Si l’existence quotidienne recèle de paradoxes parfois insoupçonnables, celui-là n’échappe à personne, et nous voilà très vite à fustiger ce monde absurde de la surcommunication où l’on communique sans rien se dire. Mais ce genre de messages ne dit-il vraiment rien ? 

Message bête ou destinataire idiot ? 

Quoiqu'on en pense, ce genre de message sert à donner une information, en l’occurrence : celle qui consiste à avertir son interlocuteur que sa demande a été entendue, prise en compte, mais qu’elle ne sera pas traitée dans l’immédiat. 

Il ne s’agit donc pas d’un message vide, dont le sens se réduirait à sa pure diffusion ou à la seule exploitation d’une voie de communication parmi d’autres.
C’est au contraire un message utile, qui contient une information utile, vague certes, mais utile quand même. 

Et pourtant, on ne peut pas s’empêcher de trouver ce genre de message complètement bête, creux, absurde, pour ne pas dire con. Mais soyons plus précis : en fait, quand une personne décroche son téléphone pour vous dire : “désolé, mais là, j’ai pas le temps de te parler” alors qu’il est précisément en train de le faire, ce n’est pas tant le message qu’on trouve bête, c’est plutôt qu’on ne peut pas s’empêcher d’avoir cette impression, vague, mais cette impression quand même d’être pris pour un idiot… 

Au fond, ce n’est pas le message en tant que tel qui est bête, creux ou inutile, c’est plutôt celui à qui il est adressé. 

Maître et esclave

Ce genre de message sonne toujours comme une manière de dire ou de s’entendre dire : “oui, je sais, tu existes, tu aimerais avoir une réponse, mais je vais te répondre que je ne vais pas te la donner, car là, vois-tu, tu n’es pas ma priorité”. 

De là, ce doux et merveilleux paradoxe des relations aux autres : reconnaître l’autre seulement pour lui dénier une forme de reconnaissance.
Quand on y pense, ce genre de rapport n’est pas si rare que ça...

Le philosophe Hegel avait très bien décrit, en 1807, ce mécanisme avec sa dialectique du maître et de l’esclave : l’esclave est bien reconnu par son maître mais en tant qu’esclave, qu’en tant que dominé, et pas en tant qu’homme. 

La différence est qu’avec cette histoire de messages différés, il n’y a, a priori, pas de maître ni d’esclave : attendre une réponse ne nous rend pas esclave et être en mesure de la donner (ou pas) ne nous rend maître de rien. Pourtant, c’est comme s’il se jouait la même chose, comme s’il se recréait la même dialectique. 

Mais pourquoi se rejoue-t-il, là, même dans ce tout petit endroit, dans ces messages de rien et de “je te rappelle plus tard”, les mêmes rapports de pseudo-reconnaissance ? C’est bien le problème : est-ce si difficile de jouer à l’égalité, de se parler directement et d’avoir une réponse simple comme bonjour à une question simple comme bonjour ? 

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