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Routine

Comme un lendemain de fête (ou de défaite)

3 min
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Ni heureux ni malheureux, comment définir notre état quotidien ?

Routine
Routine Crédits : Image Source - Getty

La gueule de bois sans avoir bu une goutte d'alcool... Pour les supporters de l’équipe de France, j’imagine que c’est un peu la sensation qu’ils ont dû ressentir hier, après la défaite face à la Suisse. Même si, c’est vrai, j’imagine que la plupart d’entre eux avaient quand même dû boire au moins un verre devant le match, comme c’est mon cas. 

Mais, au fond, peu importe, alcool ou pas, hier, ça n’a pas seulement été le jour d’après, le jour sans, c'a été un jour moyen. Ce n’est pas qu’on se sentait mal, c’est qu’on n’y était pas, ce n’est pas qu’on était déprimé, c’est que rien ne faisait envie, ce n’est pas que la vie s’était arrêtée, c’est qu’on tournait en rond. 

Toutefois, en expérimentant cet état d’inconfort pourtant tout à fait supportable, j’ai réalisé à quel point c’était aussi un état tout à fait commun. Pas seulement partagé par un certain nombre de personnes, pas seulement fréquent voire quotidien, mais aussi d’une banalité sidérante. Et en cela, presque impossible à décrire. 

Ca va ?

Toute la question étant : comment décrire l’état dans lequel je me sens chaque jour qui passe ? Et comment l’appeler ?
Mais d'abord, une correction : j’ai mal commencé cette chronique, on n’est pas tous les jours en état de lendemain de fête ou de défaite. Ce serait affreux.
Tout comme on n’est pas tous les jours en grande forme ou heureux comme les 6 premiers mois d’une relation amoureuse. Ce serait tout autant insupportable. 

Mais alors où se situe-t-on habituellement, en termes non pas de bien-être ou de mal-être, mais en termes d’être ? c’est où entre les deux, entre aller très bien et aller mal ? eh bien, on n’en sait rien.
La plupart du temps, on ne se pose même pas la question. 

Et quand on nous demande “ça va?”, qui invite précisément à s’interroger sur son état, de manière peut-être hypocrite et formelle, mais qui y invite quand même, on n’a jamais le temps de développer ou de préciser. 

“Ca va” va-t-on se contenter de répondre, sauf à oser un “couci-couça”, un “bof”, ou un “je suis crevé”. Mais que dire de plus ? Ce n’est pas qu’on a peur de déranger la gentille personne qui nous demande, c’est surtout qu’on ne se pose la question. 

On est tout le temps avec soi-même, on arrive parfaitement à dire si on est de mauvaise humeur ou pas, si on a un problème ou si on est sur un petit nuage, mais on ne parvient pourtant pas à nommer ni à décrire ce qui correspond à notre état habituel, normal et quotidien. 

Vous ne trouvez pas ça bizarre, vous ? 

L'état neutre selon Socrate

Plus que bizarre, c’est paradoxal : on ne saurait dire ou nommer ce que l’on vit, ce que l’on éprouve, ressent chaque jour. Est-ce un état presque anesthésié qui révèle que tout va bien ou un engourdissement inquiétant ? Est-ce une douleur que l’on parvient à tolérer ou juste que l’on va moins mal que d’autres fois ? 

C’est tout le problème : comment définir cet état commun et banal, qui nous définit quotidiennement ? Est-ce un état neutre en tant que tel, spécifique, ou un état moins pire que le malheur et moins bien que le bonheur ? 

Dans le dialogue de Platon, le Philèbe qui porte sur le bien et les plaisirs, c’est justement la question que pose Socrate à Protarque. 

“Demandons-nous quelle doit être, pour chacun des vivants, sa manière d’être au moment où tel est son état. N’y a-t-il pas là, en nous, une 3ème disposition en dehors de celle où l’on éprouve de la joie et de la peine ?”

Pour Socrate, cette 3ème disposition, c’est l’état neutre, l’état de celui qui a atteint la sagesse. C’est que pour Socrate, être entre les deux, entre la joie et la peine, c’est avoir trouvé l’équilibre.
Mais n’est-ce pas plutôt le contraire ? N’est-ce pas surtout qu’on n’a pas encore commencé à chercher ? 

Eh bien ce sera pour demain, après cette sensation de lendemain de fête sans avoir fait la fête. 

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