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Vacances de rêve

Le meilleur moment des vacances

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Contre toute attente, ce n'est pas pendant.

Vacances de rêve
Vacances de rêve Crédits : Abstract Aerial Art - Getty

Voilà, on y est, c’est fini pour cette saison. Et je crois que c’est le meilleur moment de l’année. Enfin, pas le meilleur moment de l’année, mais le meilleur moment des vacances. Si, des vacances. Vous voyez, ce moment où vous n’êtes pas déjà parti mais où vous n’êtes pas encore parti, ce moment entre-deux où vous avez fini votre travail mais où les vacances restent encore intactes, pleines d’espoir, la promesse d’un plaisir parfait. 

Car, quand on y pense, quand on est en vacances, il y a toujours une petite déconvenue, le temps, une mauvaise ambiance, un plan qui tombe à l’eau ou le fait qu’elles soient trop courtes. Tout le monde attend les vacances mais chacun en revient déçu, parfois plus fatigué qu’au début et souvent désenchanté. 

D’où ce paradoxe : et si le meilleur moment des vacances, ce n’était ni pendant ni après, mais avant, avant qu’elles n’aient lieu, avant qu’on y soit, pile au moment du départ ? Mais d’où ce paradoxe surtout qui dépasse largement le cadre des vacances et relève du plaisir : et si ce qui était considéré comme une source de plaisirs était plus plaisant à envisager qu’à vivre ? 

"Absolument"

Maintenant que j’ai posé le cadre du problème, à savoir le plaisir en partant du cas des vacances, voici toute la question : comment se fait-il que le plaisir considéré comme une sensation, c’est-à-dire comme une perception agréable ressentie à l’instant précis d’un événement, soit non seulement ressenti avant l’événement, mais soit plus puissant avant l’événement, avant qu’il ne se produise ? 

Ca tombe bien qu’on se pose la question, parce que c’est celle que pose Socrate dans le dialogue le Philèbe, dont je vous ai parlé mercredi (si vous avez suivi). Et c’est donc là où j’ai besoin de vous, Guillaume, mais aussi de vous, Hervé, pour interpréter un extrait de ce dialogue entre Socrate et Protarque. 

Guillaume, vous êtes Socrate, philosophe bien connu, qui interroge Protarque sur ce que doit être une vie de plaisirs, mais de bons plaisirs, à savoir justes et vrais. Hervé, vous êtes Protarque, un jeune sophiste qui défend une vision plus hédoniste du plaisir. 

SOCRATE / GUILLAUME : N’arrive-t-il pas quelquefois, Protarque, que l’un de nous soit vide mais conserve l’espoir d’être rempli, alors qu’à d’autres occasions, il n’aura aucun espoir de l’être ?   
PROTARQUE / HERVÉ : Absolument.    
SOCRATE / GUILLAUME : Ne crois-tu pas qu’il jouit de cet espoir de se remplir, en s’en souvenant, alors même qu’il souffre d’être vide dans le même temps ?    
PROTARQUE / HERVÉ : Nécessairement.    
SOCRATE / GUILLAUME : Voilà donc un moment où un homme, ou n’importe quel autre être vivant, éprouve de la douleur et jouit en même temps.    
PROTARQUE / HERVÉ : il semble bien, Socrate. 

Alors, comme vous ne l’avez pas entendu, rien de la vision hédoniste de Protarque n'apparaît ici. Mais ce qui est cependant clair, c’est que : 

-d’une part, est affirmé qu’on peut jouir d’espoir ou de souvenir, donc sans événement réel; -mais d’autre part, rien n’indique que ce plaisir sans événement soit plus fort qu’un plaisir concret. Au contraire même, puisqu’il se couple à la souffrance du vide et de l’attente. 

Le pointe du plaisir

Revenons ainsi à notre problème : oui, les vacances peuvent être plaisantes rien qu’à leur évocation, mais pas forcément plus plaisantes qu’en y étant si l’on suit Socrate. 

Toutefois, une chose n’est pas abordée dans ce dialogue : c’est le moment précis où les vacances sont les plus plaisantes, ou pour le dire autrement, le moment où le plaisir culmine. 

Bien avant, c’est trop tôt, après, c’est fini, et pendant, c’est trop réel. Mais juste avant, n’est-ce pas là le mieux, au moment de partir ? Ce moment où perdure l’espoir d’avoir du plaisir (d’être rempli dirait Socrate) et où disparaît dans le même temps le vide de son attente. Cette pointe du plaisir. Oui, ça doit être là, et c’est maintenant en ce qui me concerne. 

Bonnes vacances !

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