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Radio et K7

Radio repos

3 min
À retrouver dans l'émission

Ni actif ni abruti devant son poste de radio.

Radio et K7
Radio et K7 Crédits : Cimmerian - Getty

Je sais que la fête a déjà commencé sur ces ondes… Mais j’ai vérifié : les 100 ans de la radio, c’est jusqu’au 5 juin, donc je suis encore dans les temps. En écoutant différents témoignages sur la radio à cette occasion, j’ai été frappée par une chose : le nombre d’auditeurs qui ont des souvenirs très précis de leurs écoutes. 

Ils sont capables de citer des noms de producteurs et d’animateurs radio, ils se souviennent de titres d’émissions, de moments de radio, de génériques de radio. Moi, pas du tout. Rien. 

Je me souviens de la radio allumée chez mes parents, mais je serais incapable d’en dire plus. J’ai été bercée par un bruit de fond, fait de jingles, d’informations, de musiques et de rires. 

En cela, je ne pourrais pas vraiment qualifier la radio, en ce qui me concerne, de média intime, comme je l’ai beaucoup entendu, je ne pourrais pas dire qu’elle venait me surprendre chez moi, même quand je me brossais les dents, ou qu’elle avait quelque chose de l’ami qu’on choisit et qui nous susurre des mots au creux de l’oreille. 

C’est juste que la radio était là, imperturbable. 

Un élément du décor

La radio a longtemps eu quelque chose du meuble : elle faisait partie du décor. Mais effectivement, de la même manière qu’on ne choisit pas sa famille, sauf plus tard, je n’ai pas eu l’impression de pouvoir choisir ma radio, une station, une émission, sauf plus tard. Et c’était ça le mieux en fait avec la radio : pas le choix. 

Ça a d’ailleurs été un élément non négligeable une fois partie de la maison : trouver une radio à écouter, recréer un décor et remeubler le quotidien. Autrement dit, choisir ce qui jusque-là avait été quelque chose de non-questionnable, de nécessaire, déterminer ce qui jusque-là ne demandait aucun investissement, aucun effort. 

C’est sûrement pour ça que je n’ai aucun nom d'émission à donner, aucun souvenir précis. Car la radio n’était que repos, et comme le dit Gaston Bachelard dans son texte “rêverie et radio” : 

“La radio est une réalisation intégrale de la psyché humaine, il faut qu'elle trouve l'heure, la méthode qui feront communier tous les psychismes dans une philosophie du repos”. 

Voilà, du repos : la radio a le grand avantage de surfer sur ce paradoxe : on peut l’entendre sans l’écouter, on peut tendre l’oreille sans être captif, on peut ne pas s’en passer sans en être prisonnier. 

Repos et sommeil

Etonnamment, je crois qu’on est un peu plus actifs quand on regarde la télé, on peut s’engourdir devant la télé, mais ça reste un choix. 

C’est tout autant paradoxal que la radio mais c’est l’inverse : la télé suppose de choisir, de cibler, de zapper le programme qui va nous détendre, nous abrutir, diraient certains, alors que la radio suppose de mettre n’importe quelle station et de s’y tenir. Ou pour reprendre le terme de Bachelard : de s’y reposer. 

Et c’est là que c’est intéressant, car le repos où l’on s’abandonne, en écoutant la radio sans écouter, n’est pas forcément synonyme de soumission, d’effacement, et encore moins de sommeil.
Au contraire, il y a une forme d’éveil à écouter seulement ce qui nous passe sous l’oreille, à ne saisir que des bouts d’interviews, et à se laisser tout à coup surprendre. Il y a même une forme de libération. 

Derrière mon micro, j’imagine souvent l’auditeur en train de se couper une tomate (précisément une tomate mozzarella). Je ne sais pas pourquoi mais je l’imagine comme ça, même à 8h55.
Je me dis que si cette personne a réussi à couper sa tomate, elle aura pu se reposer, et que si elle s’est arrêtée pour écouter, bon, ben au moins, elle va passer une bonne journée. 

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8H55
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