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Y a quoi

La flemme d'aller dormir

4 min
À retrouver dans l'émission

Et la flemme d'écrire un sous-titre.

Y a quoi
Y a quoi Crédits : kiszon pascal - Getty

Avez-vous déjà eu la flemme de faire quelque chose qu’il fallait pourtant absolument faire ?
Je ne parle pas de remplacer une ampoule, de présenter une matinale ou de remplir votre déclaration d’impôts…
Je vous parle d’une chose nécessaire... et même vitale : comme boire un verre d’eau, vous laver (quoique je ne suis pas très sûre que ce soit vraiment nécessaire pour vivre, enfin sauf en cas de plaie ouverte), faire pipi ou aller dormir ? 

Eh bien, moi, assez souvent. Je me suis fait cette réflexion mercredi soir, et pas qu’une fois, mais à plusieurs reprises. 

Assise, enfin avachie sur mon canapé (comme d’habitude), je vois grâce à l’affichage astucieux sur ma box qu’il est 23h03… 23h03, mais qu’est-ce que j’ai fichu jusqu’à cette heure-là, que s’est-il passé depuis 20h30 ? 

Bon, passons sur ce black-out dorénavant quotidien en ce qui me concerne entre 20h et 23h. Une fois lucide sur le fait qu’il était tard, je me suis dit qu’il fallait aller dormir. Mais flemme. Flemme d’aller dormir. 

Tout à coup, me traîner de mon canapé à mon lit m’a semblé la chose la plus difficile du monde. Ce qui est à la fois absurde : comment avoir la flemme de dormir, mais aussi logique : d’où faudrait-il se motiver pour aller au lit ? 

Une vingtaine de minutes plus tard (quand même), j’ai réussi à y aller. Et une fois dans mon lit, j’ai eu soif. Et là, re-flemme. 

Pas paresseuse

J’ai trouvé que c’était la chose la plus difficile du monde d’avoir soif au moment où je pensais en avoir fini avec tout effort.
Je sais que c’est ridicule comme situation, mais qui n’a pas vécu ça ? Qui plus est pour un verre d’eau qui prend alors la forme d’un dilemme : car on sait bien que ce verre d’eau, c’est celui-là même qui va nous réveiller dans la nuit avec une terrible envie, une “envie pressante” comme on dit. 

C’est là où la flemme des choses pourtant nécessaires, qu’il suffirait d’accomplir car de toute façon, on va devoir les accomplir, prend toute son ampleur, car ce qui n’est au fond qu’une simple paresse, je dirais même une petite lâcheté du quotidien, donne pourtant lieu à des débats intérieurs très mouvementés : j’ai soif, mais je pense pouvoir m’en passer, mais j’ai vraiment soif, mais si j’y vais, je sais que je devrais me relever dans la nuit. Et je sais déjà que j’aurai aussi la flemme de me relever. 

Et ainsi de suite en termes de questionnements existentiels. D’une certaine manière, c’est là le paradoxe : que la flemme ne soit pas si paresseuse que ça, bon d’accord, mais surtout que l’impuissance à laquelle elle nous condamne soit peut-être plus puissante que toute autre forme d’activité. 

Occupation pénible

Je le reconnais : ce sujet, c’est la flemme incarnée, la flemme en tant que telle. Car la flemme, c’est le luxe de pouvoir faire ce genre de pirouettes sans même lever le petit doigt.
Et inversement, c’est le luxe de ne pas lever le petit doigt tout en en faisant des pirouettes, en produisant, en étirant et en tendant jusqu’à l’absurde des questions sans importance, des questions qui n’en sont pas.
Tel : pourquoi faudrait-il se lever pour aller dormir ? 

Montaigne raconte dans ses Essais que le gros défaut de son esprit, c’est ça : 

“Si léger soit le sujet qu’on lui donne, il le grossit volontiers et l’étire jusqu’à ce qu’il puisse s’y occuper avec toute sa force. C’est pour cette raison que son oisiveté est pour moi une occupation pénible et qui attaque ma santé”. 

Le voilà le problème de la flemme : non pas de repousser, non pas de paresser, non pas de ne pas s’activer, mais au contraire, d’être une occupation en tant que telle, et tout autant qu’un jogging ou qu’une version de latin. Même elle, la flemme n’est pas rien. Bonne nouvelle pour ceux qui la dédaignent, mauvaise nouvelle pour moi qui cherche tant à ne rien faire. 

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