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Je clique, je clique, je clique

Ma volonté à l'épreuve des contenus sponsorisés

3 min
À retrouver dans l'émission

Evaluer son bien, regarder les plus belles robes des Oscars ou suivre les conseils des commandos pour bien vivre... pourquoi je clique sur ces contenus sponsorisés ?

Je clique, je clique, je clique
Je clique, je clique, je clique Crédits : CSA Images - Getty

J’imagine que, comme moi et comme beaucoup de monde d’ailleurs, vous lisez la presse en ligne. Le Monde, Paris Match, Les Inrocks, Le Figaro, ou que sais-je encore. Mais est-ce qu’une fois parvenu à la fin d’un article, il vous arrive, comme moi, d’être happé par ce qui est appelé un “contenu sponsorisé” ? Vous voyez ces contenus qui vont du développement personnel à la news people en passant par le conseil juridique ou l’isolation de votre maison ? 

Ces contenus comme par exemple : “Hygiène de vie : le mode de vie des commandos adapté à votre quotidien”, ou “Pourquoi la graisse s’enracine autour du ventre et des cuisses lorsque l’on vieillit”, ou plus classique : “les tenues les plus inoubliables des Oscars de tous les temps”. Je pourrais passer cette chronique à en citer, écoutez encore : “Des photos du Far West impossibles à oublier”...ou le très basique “Que vaut votre bien en 2021?”

Curiosité titillée 

Ok, j’arrête. Mais avouez, c’est fascinant. Comment est-il possible d’allier tant d’inventivité à une telle monotonie, car il ne s’agit au fond que d’appuyer sur les mêmes ressorts : l’argent, le bien-être et l’émotion, et il ne s’agit, encore plus au fond, que d’être plus riche, plus beau, plus ému. Mais toujours en multipliant les angles, les méthodes ou les zones du corps… 

Au bout d’un moment, on a compris le principe, mais le fait est là : ces contenus nous appellent malgré tout, et je l’avoue, à chaque fois, je me fais avoir.
Pas tant parce que j’aimerais évaluer mon bien en 2021, mais parce que ma curiosité est titillée : quel conseil va bien pouvoir me sortir un commando pour mieux vivre ? Quelles données vais-je bien pouvoir découvrir à propos de “l’enracinement” de la graisse autour des cuisses ? 

Ce qui est fou, c’est qu’il n’y a jamais aucune surprise au final, aucun conseil n’est utile, aucune photo du Far West n’est inoubliable. Et même quand on veut en rire, on est déçu.
Mais alors pourquoi je clique ? Pourquoi j’y vais ? Pourquoi je me fais avoir ? Je suis sûre qu’il doit y avoir des explications, psychologiques, cognitives ou technologiques, mais peu importe, la question demeure : pourquoi j’y vais tout en sachant pertinemment qu’il n’y a rien à savoir ni à voir ?

Faire ou ne pas faire 

J’ai d’abord trouvé une occasion de plus pour m’étonner de l’existence et de ses paradoxes, car cette histoire de contenus sponsorisés révèle bien une chose : cette force qu’on trouve à faire des choses dont on sait pourtant qu’elles ne nous apportent rien, pas même de la détente ou du divertissement. Juste du temps perdu. Vous me direz, c’est déjà pas mal, le temps passe parfois si lentement. 

Mais, quand même, quitte à passer le temps, pourquoi ces choses et pas d’autres, un peu plus plaisantes ? Et de manière générale, pourquoi, parfois, je veux faire des choses mais je n’y arrive pas, et d’autres fois, je ne veux pas les faire (comme cliquer sur ces contenus, ou boire ce verre de trop ou lire ce mauvais livre) mais ma volonté m’y conduit cependant ? 

C’est vraiment un problème de volonté qui se pose ici, et qui dit volonté, dit René Descartes. Voici le fruit de sa Méditation, la 4ème : 

“La volonté consiste seulement en ce que nous agissons en telle sorte que nous ne sentons point qu’aucune force extérieure nous y contraigne”. 

Ainsi, elle est là, la réponse : peu importe ce qu’on fait tant qu’on n’y est pas contraint par une force extérieure. 

D’accord… donc, si je comprends bien, lire des contenus absurdes sur la graisse ou le Far West, n’est que le signe de ma pure et propre volonté ? Eh bien, me voilà soulagée, je croyais surtout que c’était parce que j’en manquais. 

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