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La nuit, il fait nuit

Que reste-t-il de nos nuits ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Sans sorties, sans fêtes, sans rencontres... que reste-t-il à faire la nuit sinon dormir ?

La nuit, il fait nuit
La nuit, il fait nuit Crédits : Emilie Drd / EyeEm - Getty

Après vous avoir parlé de mes soirées, je trouvais normal de vous parler de la suite, à savoir  de mes nuits. Alors, ça va aller assez vite puisque, c’est simple, je dors. Parfois, je fais des insomnies, mais rien de grave. Parfois aussi, je me lève parce que ma fille a fait un cauchemar et j’en profite pour aller boire un verre d’eau. 

Bref, vous l’avez compris, mes nuits sont d’une banalité assez stupéfiante.  J’éteins la télé, je bois une tisane, je me brosse les dents, je me dis que je suis fatiguée, je me couche, j’éteins les lumières et je m’endors. Le tout aux alentours de 23h. Réveil à 7h. Fin de l’histoire, rien à dire. 

Dans le monde d’avant, puisque l’on dit comme ça désormais, je faisais plus ou moins la même chose... tout étant dans ce “plus ou moins” : parfois je sortais, parfois je recevais, parfois il y avait des fêtes et je ne me couchais pas avant 2 heures du matin, c’était assez fou. 

D’autres fois aussi, je travaillais la nuit, parce que je n’avais rien fait de la journée, et d’autres fois encore, je m’octroyais le plaisir de regarder une série en entier. 

En fait, mes nuits n’étaient pas très originales non plus, mais elles avaient le mérite de ne pas tout à fait se ressembler et de ne pas ressembler à mes journées. Mais aujourd’hui… à quoi servent mes nuits si ce n’est à dormir ? 

Le jour et la nuit, même combat 

Voilà un problème grave. Il y a trois ans, le philosophe Michaël Foessel avait sorti un livre vraiment bien sur la nuit. On y découvrait la multiplicité des expériences qu’elle permet : la fête, l’angoisse, la possibilité des rencontres, et puis, tout simplement, le fait de vivre sans témoins (c’est d’ailleurs le sous-titre de son livre), autrement dit, le fait de substituer la surveillance du jour à la veille nocturne. 

Mais quelles expériences sont ainsi possibles en ce moment ? L’angoisse, d’accord, mais c’est aussi possible en journée puisqu’on est beaucoup plus souvent seuls... mais quoi d’autre, que reste-t-il à la nuit ?

C’est bien ma question : si ce qui était possible la nuit, comme l’angoisse, l’est possible en journée, mais si ce qui était possible la nuit, comme la fête, n’est plus jamais possible, quelles expériences nocturnes puis-je encore faire ?
Qu’y a-t-il à explorer de 20h à 6h, quand, blottie chez moi, sans personne, sans surveillance, mes nuits ressemblent à mes journées et inversement ? 

La nuit... il fait nuit

C’est là le paradoxe : vous trouvez peut-être ça normal de dormir la nuit, mais moi je trouve ça très paradoxal : car si la nuit ne se distingue plus du jour, si on n’a plus aucun intérêt ni plaisir à rester éveillé, alors la nuit n’existe plus du tout, ou seulement parce qu’elle disparaît, parce qu’on n’en fait rien, parce qu’on n’y fait que dormir.  

Alors, vous pourriez aussi me dire, Guillaume, que je peux envisager d’inverser les choses : dormir la journée, veiller la nuit. L’expérience nocturne, après tout, peut ne pas tenir à des horaires de lever et de coucher du soleil… et quitte à sortir très peu, autant faire ses nuits, quand on veut. Mais est-ce suffisant pour retrouver le goût de la nuit ? 

C’est tout le problème pour moi : je reste bêtement attachée à la 1ère définition de la nuit, celle du Petit Robert, comme “Espace de temps qui s'écoule depuis le coucher jusqu'au lever du soleil.”... ce moment où il fait tout simplement nuit, ce moment où on lutte contre le sommeil pour profiter, encore peu, de l’obscurité et de ses possibilités. 

Mais si on dort, à quoi servent désormais ces instants de liberté qui ne servaient justement à rien et échappaient à nos journées ? 

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