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Des éponges, du dur et du mou

François Hollande, Gaston Bachelard, du dur et du mou

3 min
À retrouver dans l'émission

"Ca va, pas trop dur en ce moment ?" : comment François Hollande a fait référence à Gaston Bachelard sans le savoir ?

Des éponges, du dur et du mou
Des éponges, du dur et du mou Crédits : Elke Meitzel - Getty

L'échange vidéo entre François Hollande et Emmanuel Macron, lors de la commémoration de l’Armistice, a beaucoup tourné. Pour ma part, j’avoue avoir regardé plusieurs fois cet extrait de quelques secondes, pas sûre d’avoir très bien compris ce qu’avait dit le 1er au 2nd… apparemment, c’était “Ca va ? Pas trop dur en ce moment ?”

Drôle de question, c’est vrai, au vu des interlocuteurs (un ancien chef de l’Etat face à son protégé mais successeur), au vu du contexte (une cérémonie solennelle) et au vu du contexte actuel, comme on dit (le covid bien sûr). Mais quand on y pense, n’est-ce pas tout le temps, covid ou pas, une drôle de question ? 

“Pas trop dur en ce moment”... voilà l’exemple type de la question qui pose question : car que peut bien vouloir dire notre interlocuteur, veut-il nous soutenir ou nous enfoncer ? est-il bienveillant ou mesquin ? Sincère ou ironique ?
On peut en effet se demander, mais au-delà de l’intention du locuteur, il y a une chose qui m’interpelle encore plus avec cette question : pourquoi ce qui est dur est-il toujours présenté comme une difficulté ? 

Le dur est-il forcément dur ?

Pourquoi ce qui serait “dur”, relèverait-il forcément de l’obstacle ou de l’épreuve ? Pourquoi y aurait-il, comme contenu dans ce simple adjectif, dans ces trois lettres, l’idée même du rude, du désagréable, du pénible, de la souffrance ou de la difficulté insurmontable ? 

Car, quand on y pense : n’y aurait-il pas pire que le dur ? Certes, le dur est dur : mais qu’en est-il du mou ? Le mou ne serait-il pas tout autant pénible, difficile, insurmontable ? Pensez-y : être confronté à la mollesse relève tout autant de l’épreuve : car que faire face à la mollesse ? celles des autres ou la sienne d’ailleurs ? 

C’est tout le paradoxe de la dureté ou plutôt de la difficulté, elle n’est pas forcément dure : elle peut être molle, la mollesse incarnée. Or, que faire face à ce qui se liquéfie, glisse entre les mains, ne se fixe jamais, événement ou caractère ? comment agir face à ce visqueux-nauséeux qui ressemble à s’y méprendre, je cite, à des “matières malpropres” ? 

"Ce mot qui ne peut rester tranquillement dans les choses"

Pardon d'en parler de si bon matin... mais ce n’est pas de moi, c’est du philosophe Gaston Bachelard, dans son texte, La terre et les rêveries de la volonté, texte de 1948, dans lequel il compare les “métaphores de la dureté” aux “matières de la mollesse” (ce sont deux titres de chapitres). Et lui-même l’affirme : 

si, “Presque toujours, le mot dur est l’occasion d’une force humaine, le signe d’un courroux ou d’un orgueil, parfois d’un mépris”, le mou, lui, n’évoque que “des images plus lourdes, ou plus brutales, qui perdent le sens du bonheur et de la force habile.”.

Au final, je vous spoile, entre le dur et le mou, Bachelard choisira un mélange des deux : la pâte… 

Mais en attendant, voilà que se révèlent les bienfaits de la dureté : ce “mot qui ne peut rester tranquillement dans les choses”, est, au moins, ce qui éveille, provoque quelque chose. Elle est le solide, le résistant, ce contre quoi on peut s’appuyer, se reposer, ce que l’on peut travailler et affronter, et contre lequel peuvent se former ce que Bachelard appelle des “rêveries de la volonté”. 

Mais pensez au “mou”... Quelle habileté, quelle force, quel bonheur trouver dans la mollesse ? C’est bien le problème… mais surtout : imaginez si François Hollande avait dit  à Emmanuel Macron “Ca va ? Pas trop mou en ce moment ?”. 

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