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Uriner, "un degré de détail important"

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Les toilettes des bars et cafés rouvriront bien le 19 mai.

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Sanitaires Crédits : Tanja-Tiziana, Doublecrossed Photography - Getty

Pardonnez-moi, mais il s’agit d’un sujet important. Dans moins d’une semaine, le 19 mai, les terrasses de bar et de café seront rouvertes, à condition, bien sûr, de suivre certaines règles. 

Joie, impatience, et pourtant, un doute : quid des toilettes ?
Si si, c’est une question qui revient, au vu, comme on dit, du contexte sanitaire, les toilettes des bars, des cafés et des restaurants seront-elles accessibles ? 

La question a même été posée au Ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire sur CNews ce mercredi.
Sa réponse, je cite : “vous rentrez dans un degré de détail important”.
Saluons la formulation : qu’il s’agisse d'un détail ou d'un degré de détail, il n’en fallait pas moins pour donner toute son ampleur à tel sujet qui n’a en fait rien d’un détail. 

Car oui, quiconque a eu envie d’uriner ces derniers mois dans l’espace public, a été confronté à ce problème (traité d’ailleurs par plusieurs médias) : comment faire quand les ¾ des toilettes sont fermées pour cause de covid ?
Et même en temps normal, quiconque a eu une telle envie sans pouvoir la satisfaire, sait bien qu’il ne s’agit jamais d’une broutille ou d’une bagatelle… C’est peut-être un détail pour Bruno Le Maire, mais pour moi, ça veut dire beaucoup…

Sujet indiscutable

Uriner, chose dont on ne parle jamais, par pudeur, par intimité, est, faut-il le rappeler, une donnée pas vraiment négociable. C’est d’ailleurs pour cela qu’on n’en parle jamais : parce que sur le sujet, il n’y a rien à dire, si ce n’est qu’il s’agit d’un besoin nécessaire et vital, et donc oubliable dès lors qu’il est satisfait. 

On pourrait trouver ça paradoxal : pourquoi ne pas évoquer, discuter, s’étaler plus souvent, ou du moins, pourquoi dissimuler ou se cacher d’une chose aussi importante, aussi essentielle que ce besoin ?
Mais le paradoxe est plutôt inverse : comment se fait-il qu’on en soit à évoquer, discuter et questionner, pandémie ou pas, une telle nécessité ? 

Comment comprendre que le fait de se soulager ou de se retenir ne soit pas tout le temps envisagé comme une donnée naturelle indiscutable, avec des lieux dédiés et ouverts en permanence, mais un vague détail pas forcément affronté et sur lequel les politiques ont désormais à se prononcer ? 

Uriner partout... ou pas

Oui, il y a une pandémie. Mais c'était justement l’occasion de NE PAS se questionner sur un tel sujet, de NE PAS en faire un problème, mais seulement de faire avec. 

Et c’est d’ailleurs le problème qui se joue avec une question qui semble aussi anecdotique que celle de l’ouverture des toilettes de bars : faire d’un besoin naturel un problème, une question, et pas une évidence.  

Dans l’Antiquité, les cyniques, une école philosophique qui tenait son nom du grec “cuon”, le chien, remettait en cause les normes culturelles au nom de la nature, se comportant d’ailleurs à la façon d’un chien.
Diogène, l’un de ses fiers représentants, est ainsi décrit par Michel Foucault : 

“c’est l’homme aux pieds nus, c’est l’homme à la barbe hirsute, c’est l’homme sale. C’est l’homme aussi qui erre”. 

Et on pourrait ajouter, Diogène, c’est l’homme qui urinait partout pour choquer les conventions, mais surtout pour rappeler le principe 1er qu’est la nature. 

Alors, loin de moi l’idée de vous dire de faire la même chose… Au contraire, il me semble que l’idée est plutôt de faire ça dans les règles en demandant accès à des sanitaires... 

Mais c’est quand même fou de noter qu’à l’époque de Diogène, on était cynique quand on urinait partout, et qu’en 2021, on est cynique quand on veut uriner dans des toilettes.
La bonne nouvelle, c’est qu’au moins c’est plus facile aujourd’hui d’être cynique… 

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