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Quid des points d'interrogation

Trop de quid tue la quiddité

3 min
À retrouver dans l'émission

Quid des vacances d'hiver ? Quid du vaccin ? Quid d'un confinement très serré ? Quid, quid, quid, pourquoi autant de quid ?

Quid des points d'interrogation
Quid des points d'interrogation Crédits : MirageC - Getty

Je suis tombée sur un mot. Un mot qu’on trouve partout, qu’on entend tout le temps. Je ne sais pas s’il est spécialement dans l’air du temps, s’il s’agit d’un élément ou d’un tic de langage, ou peut-être d’un mot béquille… peu importe, c’est le mot “quid”. 

Je ne sais même plus où je l’ai lu puisqu’en faisant une simple recherche sur Google, onglet actualités, voici tout ce que j’ai trouvé (et je ne cite que quelques-uns des articles parus il y a moins de 7 jours) : 

-quid des vacances d’hiver ? l’avis des enseignants 

-quid des spectacles en temps de pandémie ? 

-Marennes : quid du centre de vaccination ? 

-tant qu’on y est sur les vaccinations : vaccination : quid des données personnelles ?  

-télétravail : quid des bureaux vides au Luxembourg ? 

Quid, quid, quid. Quid de tout ça ? Quid des vacances d’hiver, des données personnelles et des spectacles ?
Et en même temps, j’ai envie de dire : quid du quid ? pourquoi autant de quid ?

Paresse, snobisme et grand flou

Pourquoi est-il partout ? Pourquoi tous ces quid quand il existe une formule comme “qu’en est-il de” ou tout simplement des questions qui commencent avec des “pourquoi” ou des “comment” ? 

Je sais bien que c’est plus rapide de dire quid nom que d’énoncer une interrogation en bonne et due forme, mais pourquoi un tel raccourci  quand poser une question ne prend pas beaucoup plus de temps ? 

Ce ne serait que de la paresse, pourquoi pas, mais je me demande si ce n’est pas plutôt de la facilité… et un petit peu de snobisme.
N’oublions pas qu’une touche de latin comme “in fine” fait toujours son petit effet, et quand on ne sait pas quelle question on veut poser, c’est encore mieux et ça permet de cacher, tranquillement, le flou. 

Car, c’est peut-être là ce qui irrite le plus avec tous ces “quid”, c’est qu’on s’en sert non pas seulement par flemme ou snobisme mais aussi parce qu’on ne sait pas, au fond, en quoi consiste notre demande. 

Paradoxalement, alors que le “quid” semble s’imposer pour toutes formes de questions, de la moins passionnante (les bureaux vides au Luxembourg) à la plus engageante (les vacances d’hiver), elle ne spécifie aucune forme d’interrogation.
On s’interroge, voilà tout. Mais pour demander quoi ? 

Du quid à la quiddité

C’est vrai, c’est bien de s’interroger. C’est toujours bien de se poser des questions. D’ailleurs, c’est drôle, parce que le quid, c’est justement une des grandes questions de la philosophie. Enfin, pardon, pas le quid, la quiddité. 

“La quiddité de chaque être, c’est ce qu’il est dit être par soi”, autrement dit “la substance de chaque chose”. 

Et ça, c’est Aristote qui le dit dans sa Métaphysique.
D’autres, comme Heidegger dans Etre et Temps, diront quelques siècles plus tard que ce n’est pas tant le quid réel des choses qui compte, mais leur comment. 

Mais on a compris l’idée : savoir, déterminer, définir, ce qu’est une chose, sa substance, sa quiddité, c’est quand même pas rien en philosophie, qu’on critique ou pas cette approche, la méthode et le type de résultat qui en découle. 

Alors, quand on se demande quid de quelque chose, on pose la question fondamentale, la question des questions.
Mais, et c’est bien le problème, quelle réponse en attend-t-on ? Est-ce qu’on veut vraiment savoir ce qu'il en est des vacances d’hiver ou des spectacles en pleine pandémie ?
Non, car on le sait déjà ou pas encore, il est trop tard ou trop tôt pour le savoir. 

En revanche, est-ce qu’on veut savoir où on en est en général, dans l’existence ou dans le monde… ça oui. Autant de quid, car, dans la vie et en temps de covid, on a beaucoup trop de pourquoi. 

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