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La bibliothèque idéale existe-t-elle ?

3 min
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Kant, Aristote, Descartes, Weil... si les classiques de la philosophie sont connus, faut-il forcément les avoir lus pour avoir une bibliothèque idéale ?

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Bibliothèque Crédits : CSA Images - Getty

En partenariat avec le hors-série Le Point : La bibliothèque idéale des philosophes

Simone Weil détestait Aristote 

C’est le dossier du Hors-Série du Point qui sort aujourd'hui dans les kiosques : “la bibliothèque idéale des philosophes”, soit les classiques qu’il faudrait connaître si on s’intéresse à la philosophie, soit, au fur et à mesure des pages, l’Ethique de Spinoza, les Méditations métaphysiques de Descartes, ou encore la Critique de la Raison pure de Kant...

Mais on trouve aussi, ce qui m’a beaucoup intéressée, une visite dans la bibliothèque de quelques grands philosophes. Que lisaient-ils, eux, à quoi ressemblaient leurs bibliothèques, avaient-elles quelque chose à voir avec l’idée qu’on se fait d’une bibliothèque idéale de philosophe ? Contre toute attente, pas forcément : Simone Weil préférait Saint-Exupéry à Aristote, Spinoza aimait les scientifiques, et Descartes lisait peu...

Contre toute attente, j’ai donc découvert ce paradoxe qui m’a à la fois soulagée (car moi non plus, je ne lis pas tant que ça) et interpellée : une bibliothèque idéale ne correspond pas à l’idée qu’on se fait d’une bibliothèque, à savoir exhaustive, validée par les siècles et nos pairs, diversifiée mais à l’image de son détenteur…. mais alors à quoi ? à quoi peut bien correspondre une bibliothèque idéale ? 

"Idéal"

Peut-on avoir une idée de ce qu’est une bibliothèque idéale ? pourquoi tel auteur et pas tel autre pourrait y figurer ? pourquoi devrait-il y avoir un peu de tout et pas tout ? le meilleur et pas le pire, celui-ci allant du mauvais au censuré ? 

Autrement dit : quels seraient les critères de sélection d’une bibliothèque idéale, ceux qui correspondent à la fois à soi et à la majorité, à ses goûts et à ce qui est devenu au fur et à mesure des années, un classique, à ses émois et à son milieu ? Ces critères existent-ils ? Et la bibliothèque idéale aussi ? 

Voilà, si je tente de formuler le problème : si ce qui est idéal ne peut exister que dans l’entendement ou dans l’imagination et pas dans la réalité (c’est la définition du mot “idéal”), peut-on malgré tout avoir une idée ou une image de cet idéal de bibliothèque, tenter d’en approcher, de la fabriquer, ou au contraire, faut-il oublier cette idée ? et se débarrasser de tout idéal, surtout en ce qui concerne les livres ? 

Parfaite imperfection

J’ai dit que dans ce Hors-Série étaient compilés les chef-d’œuvres de la philosophie… et au fur et à mesure des pages, je mesurais à la fois avec panique et plaisir tout ce que je n’avais pas encore lu : eh non, je n’ai jamais lu la Critique de la raison pure en entier, ni l’Ethique, pas tout Descartes non plus. 

Et si ma bibliothèque rassemble pas mal de livres de philo, achetés au fur et à mesure des années, combien pourrais-je me vanter d’avoir lu ? de connaître un peu, voire bien ? d’aimer ? et même si je les ai lus, est-ce que je les ferais forcément figurer dans ma bibliothèque idéale ? et est-ce que je dirais à quelqu’un qui ne connaît pas la philo, de les lire ? 

Il n’y a rien de plus difficile que de déterminer, pour un autre que soi, ce qui nous semble incontournable, et inversement, rien de plus vertigineux ou culpabilisant que de se voir dire, par un autre que soi, ce qui est un classique mais qui nous a pourtant complètement échappé. 

L’idée d’idéal nous rappelle ainsi à quel point la perfection en ce qui concerne les livres et la lecture a quelque chose de bizarrement imparfait, de bancal, qui ne ressemble qu’à soi, et à personne d’autre. Et qu’une bibliothèque avant d’être un modèle, est avant tout et tout simplement un lieu à soi où on dépose ses livres. 

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