LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Escalope à la milanaise (sans moutarde)

Comment j'ai découvert que je me trompais sur l'escalope milanaise

3 min
À retrouver dans l'émission

Comment ai-je pu prétendre aimer l'escalope milanaise sans savoir qu'elle se mangeait sans moutarde ?

Escalope à la milanaise (sans moutarde)
Escalope à la milanaise (sans moutarde) Crédits : Juanmonino - Getty

Tout a commencé lundi midi : je suis allée manger dans un restaurant italien. Et j’ai commandé une escalope à la milanaise. J’adore l’escalope milanaise. Mais j’ai découvert, ce lundi 12 octobre, que je la mangeais mal : pas que je ne savais pas la couper, mais je la dégustais de la mauvaise manière, avec les mauvais condiments. En effet, honte à moi, j’ai demandé de la moutarde au serveur… 

Et en voyant sa tête et sa réponse surtout (“pas de ça chez nous”), j’ai compris mon erreur : on ne mange pas une escalope milanaise avec de la moutarde. En y repensant, je me suis dit qu’effectivement, je n’avais vu de moutarde dans un restaurant italien. 

Pourtant, j’ai toujours mangé mon escalope milanaise avec de la moutarde. Alors que s'est-il passé ? Vous me direz : tout simplement, tu t’es trompée, tu es passée à côté de ça, tu as loupé un pan de ton apprentissage gastronomique ou carrément l’art de l’escalope milanaise.
Mais je ne crois pas qu’il s’agisse seulement là d’une erreur, de hasard, de lacunes culinaires ou d’éducation. Je crois qu’il se joue beaucoup plus que ça, et je vais vous dire quoi !

Aimer ce qu'on ne connaît pas

En fait, toute la question est là : comment ai-je pu prétendre aimer l'escalope milanaise sans savoir qu'elle se mange sans moutarde ? Ca vous paraît sûrement anecdotique comme question, mais je crois que cette question est, en fait, essentielle.
Car elle soulève précisément ce paradoxe, qu’on a tous expérimenté et pas que pour les escalopes : aimer une chose (ou une personne) qui n’est pourtant pas ce qu’on pense. 

Qu’ai-je aimé dans ce plat si son goût authentique m’était caché par les saveurs de la moutarde ? Qu’ai-je aimé dans cette personne si elle n’était pas celle que je croyais ? Puis-je encore dire que je les aimais ? Ou était-ce alors des simulacres, un simulacre d’escalope milanaise ? Et quand bien même je me serais fourvoyée sur la nature de ce mets, cela change-t-il quelque chose à la nature ou à la force de mon amour pour ce bout de veau ? 

On sait tous que les ¾ des histoires d’amour repose sur des méprises, des quiproquos, on croyait aimer une personne, et puis non. On la croyait originale, elle fait toujours la même chose, on la croyait débrouillarde, elle ne sait pas changer une ampoule, on la croyait drôle, elle aime Bigard… 

Le philosophe Pascal ne disait d’ailleurs rien d’autre que ça quand il déclarait dans ses Pensées : “on n’aime jamais une personne, mais seulement des qualités”, et j’ajoute : et donc, pas ce qu’elle est. 

La nature de l'amour

Le problème est là : dans cette nature de l’amour. Que croit-on aimer quand on dit qu’on aime une chose ou une personne ? L’amour est-il moins fort quand il se trompe sur son objet ? Et de toute façon, le propre de l’amour n’est-il pas de se tromper sur l’élu de son coeur ? 

J’ai cité Pascal sur l’amour qui ne porte que sur des qualités empruntées et pas sur la personne. Il me faut préciser que cette pensée apparaît dans une réflexion sur “Qu’est-ce que le moi ?”, et c’est toute la question de Pascal : comment définir ce moi ?
Peut-on l’atteindre en dehors de ses qualités (statut, goût, style ou beauté), peut-on aimer ou être aimé pour “la substance de son âme” “abstraitement”? 

Et peut-on atteindre et aimer la substance de l’âme d’une escalope ? En mâchant ma viande lundi midi, j’ai eu l’impression effectivement d’atteindre la substance de l’âme de cette escalope, mais je l’avoue, sans qualité, sans moutarde, elle m’a parue abstraite.
Et j’en déduis avec Pascal : qu’il est impossible d’aimer quelque chose ou quelqu’un pour ce qu’il est indépendamment de ce qu’il nous fait, et qu’on n’aime “personne mais ses qualités empruntées”. . 

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
Chroniques
8H55
3 min
À quoi rêvez-vous ?
Thurston Moore : "J'ai été très influencé par la culture française"
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......