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Une des stations qui déposent à la Maison de la radio : Passy

La nostalgie des transports en commun

3 min
À retrouver dans l'émission

Le vélo a le vent en poupe... mais permet-il d'être avec d'autres que soi comme les transports en commun ?

Une des stations qui déposent à la Maison de la radio : Passy
Une des stations qui déposent à la Maison de la radio : Passy Crédits : RICOWde - Getty

Il y a un peu moins d’un an, j’ai vécu, comme d'autres, la perturbation du trafic parisien, et des transports en commun. J’habitais alors dans le 19ème arrondissement et pour venir jusqu’à la Maison de la radio, j’empruntais 3 lignes de métro : la 5, la 2 et la 6. 

Au bout de quelques semaines, je cédai à la tentation : m’acheter un vélo. Et je n’étais pas la seule. Liberté, écologie, coût, aménagement de pistes cyclables… tous les arguments étaient réunis, et encore aujourd’hui, pour que je me félicite de ce choix. Pourtant, je dois l’avouer, j’ai la nostalgie du transport en commun… 

D'autres vies que la sienne

C'est précisément en voyant une publicité qui vantait les mérites du vélo électrique que j'ai été nostalgique du transport en commun. Et sûrement parce que je m’y suis reconnue, et d’une certaine manière, insupportée. Pourquoi la vie seule sur son vélo, indépendante des autres, rapide et facile, sans croiser un seul regard mais seulement des rues qui défilent et des feux tricolores, serait-elle foncièrement meilleure qu’une vie passée dans les transports en commun ?

Je sais qu’on va m’objecter que le métro, le bus ou le tramway ne sont pas les lieux les plus conviviaux du monde, que chacun trace sa route et qu’on se pousse tous les uns les autres… mais pourtant, il s’y passe quelque chose qui n’a presque jamais lieu : pour un instant, on a le temps d’observer d’autres vies que la nôtre, on est avec des personnes qu’on n’aurait peut-être jamais vues ailleurs, avec lesquelles on ne fait rien mais avec lesquelles on partage toutefois quelque chose (un trajet, un regard, un siège et parfois des disputes). 

Paradoxalement, le vélo rend peut-être l’humanité meilleure, plus propre et plus tranquille, mais il ne soude en rien les humains entre eux, et malgré mon anti anti-individualisme, je dois dire qu’il peine à me révéler ce que nous avons en commun. 

Au-delà des intérêts et de la filiation

Et c’est aussi l’autre paradoxe de cette affaire : les transports en commun mettent en commun des individus qui n’ont, a priori, rien en commun. Des individus qui ne sont réunis ni par le travail, ni la famille, ni des amis. 

Quand l’un dépose son enfant à l’école, l’autre rentre de son travail de nuit ou d’une fête arrosée, quand l’un galère, l’autre se fait les ongles ou regarde son téléphone. Et pourtant, dans une rame, on partage tous un espace un moment. 

Et il se révèle ainsi l’une des grandes questions qui agite la philosophie (mais pas que) : qu’avons-nous en commun, au-delà d’intérêts ou de la filiation ? de quoi est donc fait ce commun ? existe-t-il, est-il suffisant (s'il n'y a ni intérêt ni filiation ni affinités) pour dire qu’on a quelque chose en commun ? 

Ce n’est ainsi pas pour rien que la notion de commun est au programme de l’agrégation de philo cette année… Mais bizarrement, l’idée de commun, notamment avec son pendant édulcoré de vivre-ensemble, en est presque devenue quelque chose de banal, de précisément trop cliché, de trop… commun ! et voilà qu'on préfère sa voiture et son vélo au métro. 

Un sens (du) commun

Et pourtant, quand on y pense, le commun a quelque chose de profondément incroyable mais qui a de quoi le rendre négligeable : il est ordinaire, il est partout, il est en tous.
Même Kant dans sa Critique de la faculté de juger, à propos du sens commun, ne peut rien dire de plus qu’il est commun... à tous. Il ajoute quand même qu’il consiste en trois maximes : 1. Penser par soi-même; 2. Penser en se mettant à la place de tout autre; 3. Toujours penser en accord avec soi-même. 

Mais, je me demande : comment avoir encore du sens commun, mais surtout le sens du commun, si on s’arrête à la 1ère maxime seul sur son vélo ?

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