LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Temporairement fermé

"Au vu du contexte actuel"...

3 min
À retrouver dans l'émission

Avez-vous remarqué cette formule désormais toute faite "au vu du contexte actuel" ? En quoi est-elle paradoxale et surtout agaçante ?

Temporairement fermé
Temporairement fermé Crédits : Laura Kalcheff - Getty

Il y a quelques jours, une amie avec laquelle je discutais, s’est interrompue pour lire un mail qu’elle venait de recevoir. Un événement auquel elle participait venait d’être annulé pour cause de covid.
Toutefois, et c’est là où je veux en venir, la formulation exacte n’était pas “à cause du covid”, mais “au vu du contexte actuel”, ce que mon amie s’est empressée de me faire remarquer, non sans un certain agacement…

J’avoue n’avoir pas bien saisi son agacement au départ : alors, certes, la formule a quelque chose de l’élément de langage, facile, creux, fourre-tout, qu’on se contente de prononcer pour que le message passe.
Mais pas plus, finalement, qu’un hypocrite “belle journée” ou qu’un horrible adjectif comme “inspirant”. 

Mais c’était sans compter sur ce phénomène dont je ne sais s’il a un nom : le simple fait de me l’avoir fait remarquer a fait que je l’ai vu partout. Sur des affiches, en réunion, dans des articles, dans des mails bien sûr, et au détour des conversations les plus banales ou passionnantes.
Et moi aussi, j’ai été agacée. Et j’ai donc essayé de comprendre pourquoi. 

Le contexte devient le texte

Comme je l’ai dit, il ne faut pas minimiser le fait que, comme tout élément de langage, il a quelque chose de facile : il suffit de prononcer les mots magiques, “au vu du contexte actuel”, pour se dispenser d’en dire plus. 

Après tout, ce n’est pas comme si on ne savait pas ce qui se passait. Et d’une certaine manière, on pourrait aussi y voir plus qu’une facilité, une forme de connivence ou de confiance avec son interlocuteur. Du type : eh, on se comprend quoi ! suivi d’un clin d’œil ou d’un air contrit. 

Toutefois, si ce n’était que ça : l’agacement de cette formule serait la même qu’à chaque banalité prononcée, un agacement quotidien, habituel et presque réconfortant.
Mais, il se joue, je crois, quelque chose de bien plus paradoxal avec ce “au vu du contexte actuel” : on ne fait pas qu’évoquer un contexte sans le nommer, on met sur le devant de la scène ce qui n’est censé être, justement, qu’un contexte, qu’une circonstance, au pire qu’un décor.
Le texte à jouer, c’est désormais le contexte. 

Le drame ultime

Le contexte n’est rien d’autre, sur le papier, que l’ensemble des circonstances dans lesquelles se produit un fait. Et le mettre au 1er plan, avec une telle formule, c’est lui donner le 1er rôle, en faire l’action principale, le cœur de l’intrigue. C’est s’effacer, se mettre en retrait, derrière un pudique mais néanmoins dramatique “au vu du contexte actuel”...

Alors, que nous reste-t-il à jouer, à nous ? Je veux bien croire Shakespeare et la réplique de sa pièce, Comme il vous plaira

“le monde est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs”. 

C’était déjà quelque chose de se dire qu’on ne jouait que des rôles déjà écrits, mais au moins, on jouait. Mais maintenant, c’est le contexte, “le contexte actuel” qui prend toute la lumière, qui devient l’excuse ultime, la raison suprême, c’est là notre drame, le seul, l’unique. 

Et nous voici, passés d’acteurs à simples spectateurs, à contempler les mille et une péripéties de la pandémie.
Et nous voici masqués, costumés, sans avoir, pourtant, aucun rôle à interpréter, si ce n’est, à la manière d’automates, se laver les mains, se faire bonjour du coude, travailler et rentrer dormir.

Désormais, ne dites plus : “au vu du contexte actuel” mais “en raison du drame de la pandémie dans laquelle nous n’avons aucun rôle à jouer, nous sommes au regret de tout annuler, nous y compris”. Au moins, ça sera plus clair. 

Ce contenu fait partie de la sélection
Le Fil CultureUne sélection de l'actualité culturelle et des idées  Voir toute la sélection  
Chroniques
8H55
3 min
À quoi rêvez-vous ?
Philippe Cassard : « Le jardin du Luxembourg est mon bol d'air, mon oxygène, le plus beau jardin du monde »
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......