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We should all be feminist

Du Misanthrope aux misandres

3 min
À retrouver dans l'émission

La misandrie est-elle une apologie de la haine des hommes ou le signe d'une possible égalité hommes-femmes ?

We should all be feminist
We should all be feminist Crédits : paula sierra - Getty

Vendredi, nous avons eu droit à deux polémiques pour le prix d’une, toutes deux portant sur la misandrie. En cause : 

-la réédition ce jour-là, aux éditions du Seuil, du livre Moi les hommes, je les déteste de Pauline Harmange, 

-mais aussi, la parution, dans la semaine, de l’ouvrage Le génie lesbien d’Alice Coffin, militante féministe et élue Europe-Ecologie-Les Verts à la mairie de Paris dont les prises de position (le choix de ne plus écouter ou regarder des oeuvres faites par des hommes) ont été réduites à des citations, certes bien écrites (p. 38 de son livre), mais tronquées. 

Il n’en fallait pas plus pour voir là l’apologie de la haine, un sectarisme genré, du séparatisme version guerre des sexes.
Mais, au-delà de l’antagonisme, partisan ou non de la misandrie, je me suis demandée si une telle haine pouvait avoir une quelconque efficacité politique. 

Haine fédératrice 

Ce qui est frappant dans cette émergence de la misandrie, qu’elle soit revendiquée ou fantasmée, décidée ou subie, c’est que, de fait, elle ne peut que diviser.
C’est une position “clivante”, pour reprendre cet affreux élément de langage : elle divise les hommes et les femmes… et, pour le coup, elle n’indiffère personne : on a forcément un avis sur le sujet, que l’on y voit une régression dangereuse ou une position inédite, une riposte légitime à la misogynie ou une posture ridicule. 

Pour ma part, j’ai toujours été fascinée par le sentiment de haine qui, malgré sa dimension clivante, a quelque chose de fédérateur, au moins parce qu’elle oblige chacun d’entre nous à réagir.
Combien de boucs émissaires, combien d’ennemis, combien d’intégrateurs négatifs pour pouvoir souder une communauté ? Et je pourrais ajouter avec Nietzsche, § 379 du Gai savoir

"Combien de subtiles joies, combien de patience, combien même de bienveillance, ne devons-nous pas à nos mépris ! "

Et c’est là je crois tout le paradoxe de la misandrie, elle tire, contre toute attente, de la bienveillance de sa haine et donc à l’égard de l’objet de sa haine : à savoir les hommes.
Nietzsche le dit mieux que moi : mépriser, c’est une manière d’honorer, de distinguer, car en fait, on ne combat que ce qu’on considère comme à égalité ou supérieur à soi, on n’affronte que ce qu’on estime… 

Et si la misandrie était ainsi le signe d'une possible égalité hommes-femmes ?

Haine révélatrice 

Ce qui m’a interpellé avec ces polémiques autour de la misandrie, c’est qu’elles laissaient entendre toutes les parties, toutes les opinions (des plus absurdes aux plus subtiles, des mâles blancs effrayés aux terribles féministes), mais qu’elles montraient aussi que l’idée de haine, revendiquée et clamée, avait de quoi réveiller chacun d’entre nous. 

Car la haine, et là j’ai pensé au Misanthrope de Molière, n’agit-elle pas comme un révélateur ?
Alceste, le misanthrope, refuse de jouer le jeu du grand monde, il refuse l’hypocrisie et vante à tout va sa franchise, faisant tomber les masques, le sien y compris. 

Et si la misandrie, à défaut de diviser concrètement et d’entériner la haine, avait elle aussi, ce grand intérêt de faire tomber TOUS les masques, de rendre visible la bêtise ou le ridicule des uns et les embarras des autres, de montrer les divisions déjà présentes mais pas encore formulées par toutes et tous ? 

Voilà ma réponse : si la misandrie a une efficacité politique, je crois qu’elle est précisément là mais juste là : elle oblige à montrer, à réagir et à nous réunir, toutes et tous, autour de ce qui nous divise.
Encore faut-il, après, passer à autre chose… 

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