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STOP

R comme Résistance

4 min
À retrouver dans l'émission

Résister est nécessaire. Mais est-ce suffisant ?

STOP
STOP Crédits : Amer Ghazzal - Getty

Résistance.
C’est un terme que l’on a pu entendre dans les manifestations en hommage à Samuel Paty, en soutien au corps enseignant, pour la liberté et contre la terreur. C’est un terme devenu omniprésent depuis la vague d’attentats de 2015. Et c’est un terme, bien sûr, qui hante nos mémoires depuis la 2nde Guerre Mondiale. 

On résiste à l’ennemi, on ne cède pas, on tient bon, on ne négocie pas. Face à l’horreur, on ne se soumet pas. Face à l’inimaginable, on reste debout. Après le choc de l’assassinat de Samuel Paty, victime de l’islamisme terroriste pour un cours sur la liberté d’expression, il semblait d’ailleurs que résister, manifester, être ensemble, exprimer son écœurement, avant de comprendre, d’expliquer ou de commenter, était la seule réaction possible, le sursaut nécessaire. 

Mais je dois livrer ici un doute, une crainte : la résistance, pourtant nécessaire, est-elle suffisante ? Suffit-il de dire “je résiste”, d’opposer l’inertie, pour affronter ? pour repousser ?

Spinoza, Voltaire et Deleuze

J’ai lu hier, des articles, des tribunes, des interviews… elles étaient toutes “essentielles”, “bouleversantes” pour affronter le drame. Je n’ai pas la prétention de proposer, en deux jours, quelque chose d’aussi puissant… alors j’ai cherché chez des philosophes qui avaient donc écrit sur la résistance : 

-Spinoza, d’abord, dans son Traité Théologico-politique, je voulais lire tout son dernier chapitre où il “établit que dans un Etat libre chacun a le droit de penser ce qu'il veut et de dire que ce qu'il pense", ce qui relève, même si le mot n’y est pas écrit, d’une résistance par la liberté de pensée et d’expression sans “porter atteinte, je cite, à la piété”...

-puis, La Boétie, John Locke, Henry David Thoreau, qui tous, pour le coup, ont parlé, défendu et postulé un droit à la résistance, qui, tous, en ont appelé à la résistance morale individuelle de chacun à s’opposer à des lois et un gouvernement inique. 

Je suis aussi allée jeter un coup d’œil à l’article “Fanatisme” de Voltaire dans le Dictionnaire philosophique, que beaucoup avait cité ces deux derniers jours :

“Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? Lorsqu’une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable.”

Quelques lignes avant, Voltaire affirme ceci : “Il n’est d’autre remède à cette maladie épidémique que l’esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal…” Pour autant, pas de trace de “résistance” dans ces lignes... 

Et enfin, je suis tombée sur cette vidéo de Gilles Deleuze, R comme Résistance, dans son Abécédaire... 

Adoucissant et créatif

D’une certaine manière, et je ne sais pas quel rapport entretenait Deleuze avec Voltaire, il m’a semblé frappant que la philosophie, de l’un à l’autre, soit vue comme le remède au fanatisme et à la bêtise.
Il m’a semblé frappant que la philosophie n’aborde pas seulement ponctuellement la résistance, mais soit en fait, en elle-même, la résistance. Pas que je doutais jusque-là du pouvoir du raisonnement et des Lumières pour affronter les cons. 

Mais je n’avais pas perçu jusque-là son pouvoir adoucissant comme le dit Voltaire, ou créatif comme le porte Deleuze.
J’avais plutôt perçu, je dois dire, sa capacité à me plonger dans des abîmes de questionnements, d’inquiétudes, dans l’incertitude la plus totale. C’est que peut-être je n’avais pas saisi comment le questionnement, l’inquiétude, l’incertitude pouvaient avoir quelque chose de doux et de créatif. 

Mais surtout, c’est, je crois, que je n’avais pas saisi comment la résistance ne consiste pas simplement à rester debout, à faire face, à ne pas céder, mais à plonger doucement dans des abîmes de questionnements, à créer, l’incertitude. 

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