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L'art de ne pas se révolter

L'art de ne pas se révolter

3 min
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La révolte globalisée rend-elle la révolte moins désirable ?

L'art de ne pas se révolter
L'art de ne pas se révolter Crédits : Francesco Carta fotografo - Getty

Il y a eu la révolte, la semaine dernière, des élèves qui veulent s’habiller comme elles le veulent, le cri de révolte des Gilets jaunes pour leur rentrée, ou encore, la révolte des vieux ne faisant que commencer selon les dires de Laure Adler alors que paraît son livre, La voyageuse de nuit. 

De manière générale, la révolte, de l’écologie au féminisme, de l’antiracisme à l’âge, est devenu un mode, voire une mode, dans le champ social et politique. Elle peut prendre la forme de l’indignation, de la colère ou du scandale ; le nom de combat, d’opposition ou de lutte, voire de convergence des luttes ; et les habits conceptuels de la désobéissance, de l’insoumission et de la résistance. 

Alors qu’elle signifie littéralement “volte-face”, sa globalisation laisse planer ce doute : la révolte serait-elle devenue, non plus seulement un moment, un passage, mais une manière d’être, un état stable et durable ? 

Collectif Vs. égoïsme

Ce qui est intéressant avec la révolte, c’est qu’elle ne laisse personne, par définition, de marbre. Chacun d’entre nous a pu à un moment donné être traversé par son souffle. Pourtant, certaines générations, et certains individus, semblent plus touchés ou portés que d’autres... 

Prise entre Greta Thunberg et Laure Adler, je dois dire que je me sens un peu décontenancée. Et moi alors, quelle pourrait être ma révolte ? Faut-il forcément en avoir une ? Pour être entendu ou faire partie du collectif, faut-il être révolté ? Et d’ailleurs, faudrait-il que je sois nécessairement révoltée pour marquer ma désapprobation, mon opposition ou ma rage ? 

La non-révolte est toujours suspecte, de désintérêt, d’égoïsme, d’apathie, d’immobilisme voire de défaitisme. Et même Albert Camus, dans L’homme révolté commence son essai par ses lignes (un peu rebattues) : 

« Qu'est-ce qu'un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais, s'il refuse, il ne renonce pas: c'est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement.” 

La révolte a d’emblée quelque chose de positif, et ne pas en être, c’est forcément être un salaud qui se contente des choses telles qu’elles sont. Et pourtant, paradoxalement, être révolté n’est-il pas aussi (devenu) une manière de contenter les autres tels qu’ils sont, dans leur colère, dans leur engagement, dans leur indignation ? Une manière de se couler dans le moule, conforme, uniforme ? 

Révolte nécessaire... mais plus désirable

Dans L’homme révolté, que j’ai lu pour comprendre ce qu’était la révolte, Camus loue ce refus, tout en s’inquiétant des formes idéologiques et meurtrières qu’il prend. Il s’agit de dire non, mais aussi de dire oui. Mais peut-on ne rien dire ? 

A la fin de son texte, on peut lire, je cite : “La révolte est le mouvement même de la vie et on ne peut la nier sans renoncer à vivre”. Mais à identifier la révolte et la vie : cela veut-il dire qu’on est forcément du côté des morts si on ne l’est pas ? et comment faire si on ne supporte pas la révolte et qu’on se révolte contre la révolte : est-on une sorte de mort-vivant ?

C’est bien là tout le problème de la révolte selon moi : à force d’en faire une nécessité, elle n’est même plus désirable… ni révolutionnaire. 

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Bibliographie

L'homme révolté

L'homme révoltéAlbert CamusGallimard/Folio-essais, 2013

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