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Couvre-feu

Couvre-feu : faut-il vraiment "prendre son mal en patience" ?

3 min
À retrouver dans l'émission

La France sous couvre-feu prend son mal en patience. D'accord. Mais qu'est-ce que ça veut dire "prendre son mal en patience" ?

Couvre-feu
Couvre-feu Crédits : Nigel Killeen - Getty

Oui, et l’idée ne vient pas du tout de moi, mais d’un article du Monde d’hier, dont le titre était : “mécontente ou incrédule, la France sous couvre-feu prend son mal en patience”. Un titre a donc suffi pour que je me demande : mais qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire “prendre son mal en patience” ? 

Je préfère vous rassurer, je sais très bien ce que ça veut dire ”prendre son mal en patience”, ça veut dire “souffrir patiemment”. Mais ce que je n’ai jamais compris, c’est que le mal n’a que faire de notre patience. Peu importe notre envie, et quiconque a souffert le sait, la souffrance, pour s’estomper, nécessite du temps, et donc, forcément de la patience. 

J’ai connu des personnes impatientes, dont moi par exemple, et j’en témoigne : la douleur n’est pas partie au motif qu’on n’avait pas le temps d’attendre.
J’en ai donc déduit : que le mal ne se prend nécessairement qu’en patience. D’où mon interrogation : pourquoi nommer, signifier, insister sur la patience ? à quoi peut bien servir la patience si, de fait, on ne peut que faire avec ?

Fin du calvaire ou jouissance de la douleur

Avant de répondre, je dois faire part de tout ce que j’ai découvert grâce à cette question. Et c’est assez fou. 

Evidemment, pour y répondre, je suis allée voir dans le dictionnaire, jusque là : rien de fou, la patience est le fait de supporter toutes sortes de difficultés (temporelles, matérielles, physiques, etc.). Mais son étymologie est vraiment intéressante : la patience vient du latin “patientia” qui lui-même vient de “patior” soit “éprouver, souffrir”. Vous allez me dire : rien de fou non plus, c’est le même sens en latin qu’aujourd’hui. 

Mais c’est là où je dis non. Non, car quand je dis “je prends mon mal en patience”, je veux signifier que j’attends calmement la fin du calvaire, mais pas que je prends mon mal en patience en l’éprouvant, comme si je voulais insister sur l’idée que j’ai mal et que je le vante, que je l’éprouve pleinement, que je veux le ressentir sous toutes mes coutures, à travers tout mon corps. 

Mais après tout, pourquoi pas ? Et c'est ça qui serait fou : et si je m’étais toujours trompée, et si prendre son mal en patience n’avait jamais été tout simplement “endurer”, être passif et attendre, mais plus que ça ?
Et s’il y avait dans la patience, non pas quelque chose de purement passif, mais de volontaire, et même plus : de recherché, et j’ose le dire : de jouissif ? 

La patience, une vertu ?

C’est vrai qu’en lisant Wikipédia et en voyant que la patience était une aptitude, traduction philosophique “une vertu”, j’aurais dû m’en douter. Kierkegaard, dans ses Discours édifiants à plusieurs points de vue (c’est le titre), disait lui, que : 

“la patience réside dans la souffrance, et elle se trouve libre dans la souffrance inévitable”.

Traduction : la patience est une forme de courage que l’on choisit librement d’adopter face à une souffrance qui, elle, n’est pas choisie, mais subie, inévitable. Mais c’est là où se repose malgré tout, ma question : à quoi peut bien servir une telle vertu ? 

Certes, en étant patient, j’ai de grandes chances de mieux vivre une épreuve… mais pour qui, et pour quoi faire au fond ?
Si une souffrance est inévitable, à quoi bon vouloir l’affronter, si ce n’est que pour dire “regardez comme je fais bonne figure, comme je maîtrise une situation que je ne maîtrise pas mais que je subis”. 

La patience, ou s’en revendiquer, ne fait que révéler et mettre en scène avec jouissance ce paradoxe : laisser penser qu’on souffre librement d’une situation dont on est complètement dépossédé.
Mais comment y croire et le vanter ? Pourquoi ne pas dire, tout aussi librement, qu’il n’est jamais possible, pandémie ou file d’attente, de prendre son mal en patience ? 

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