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Crowd of People Smiling with Hands in Air

Le soulagement sous covid

3 min
À retrouver dans l'émission

Testé, validé, approuvé : pourquoi se sentir soulagé en étant diagnostiqué positif au covid ?

Crowd of People Smiling with Hands in Air
Crowd of People Smiling with Hands in Air Crédits : Getty

Je ne sais pas s’il s’agit d’un phénomène répandu en France, ou dans le monde, mais il y a quelques jours, parmi mes proches, une amie s’est vantée d’avoir eu le covid… et elle n’a pas été la seule. Soit ce phénomène qui consiste à se sentir soulagé quand on apprend qu’on a eu ou qu’on a le covid, et donc, à l’inverse, ce phénomène qui consiste à être déçu quand son test est négatif. 

Personne ne se réjouit d’avoir la grippe, une gastro-entérite ou pire, personne ne se réjouit d’être malade en se disant “ça, c’est fait, c’est derrière moi”. Mais bizarrement, avec le covid et la possibilité désormais d’être testé -je ne parle évidemment que des cas asymptomatiques ou légers-, le paradoxe d’être soulagé alors que l’on est touché par une épidémie mondiale est une chose que j’ai eu l’occasion d’entendre à plusieurs reprises. 

Par quel mystère peut-on donc se sentir soulagé quand on apprend qu’on est censé souffrir ? 

Le révélateur du quotidien

Déjà, pour essayer de comprendre ce mystère, j’ai décidé de regarder la définition du soulagement, et je dois le dire, elle n’est pas du tout à la mesure de ce qu’il représente pour chacun d’entre nous. Noir sur blanc, il est tout simplement la diminution d’un mal dont on souffre, comme ça, comme si de rien n’était : mais pensez à ce mal de tête qui disparaît, à cette envie de faire pipi qui s’évanouit, à ce verre d’eau quand on a soif. 

Le soulagement a quelque chose de grandiose : il procure, par un simple retour à la normale, une sensation de grand plaisir, il nous prouve que l’absence de douleur, de soif ou d’envie d’uriner, choses courantes et auxquelles on ne fait pas souvent attention, sont en soi des occasions de réjouissances. 

Autrement dit, le soulagement est le grand révélateur de ce bien-être quotidien, normal, habituel, sûr et certain, qui ne nous frappe plus s’il ne nous manque pas, et Montaigne de nous dire, à propos de ses calculs rénaux : 

"est-il rien de plus doux, au prix de cette soudaine mutation ; quand d'une douleur extrême, je viens par le vidange de ma pierre, à recouvrer, comme d'un éclair, la belle lumière de la santé".

Soulagement atypique

Voilà, le soulagement intervient pile au moment où la douleur s’éteint… Mais qu’en est-il de cette sensation de soulagement qui intervient précisément au moment où la douleur apparaît ? Qu’en est-il de cette amie, heureuse, réjouie, avec son covid, qui se vante de pouvoir se passer de masque en soirée et nous nargue avec ses anticorps ?

Certes, dans le cas du covid, on pourrait se dire que le soulagement intervient lorsqu’on a la chance d’être un cas asymptomatique, lorsqu’on a l’impression de l’avoir échappé belle et d’être enfin immunisé face à la menace épidémique, mais aussi et peut-être surtout lorsqu’on a l’impression, après des mois à avoir peur de l’attraper, d’être enfin dans le vif du sujet, lorsqu’on a envisagé le pire et qu’au lieu de l’imaginer, on y fait face, activement. 

Et c’est là tout l’enjeu de ce soulagement atypique : il intervient précisément au moment où la réalité reprend ses droits, où après des mois d’incertitude, de doute, de précautions, le fantasme sans fin disparaît enfin pour laisser place à la réalité du corps et à la vérité d’un test. 

Anéantissement 

Le soulagement n’est pas que l’anéantissement d’une douleur physique ou morale, il est avant tout l’anéantissement en tant que tel, la destruction, la délivrance, d’un état incertain, imprévisible, qui ne semblait pas connaître de fin. 

Et si le soulagement, en tout cas sous covid, c’était donc ça : la certitude qu’on en a fini avec l’incertitude ? 

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