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Pourquoi devrait-on s'habiller de manière décente ?

Tenue décente exigée

3 min
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Pourquoi devrait-on s'habiller de manière décente, c'est-à-dire convenable ? Qui convient à qui et à quoi ?

Pourquoi devrait-on s'habiller de manière décente ?
Pourquoi devrait-on s'habiller de manière décente ? Crédits : CSA Images - Getty

Lancé ce week-end sous le hashtag #Lundi14septembre, ce mouvement initié par des jeunes filles rappelées à l’ordre dans leur établissement scolaire, pour leur tenue jugée “inappropriée” voire “indécente”, encourageait tous les élèves à faire l’inverse. Venez en jupe, en short et petit haut… histoire de rappeler, quand même, que les actes sexistes tiennent moins aux habits de celles et ceux qui en sont victimes qu’à celles et ceux qui les commettent. 

Quelques jours après qu’une jeune femme s’est vue refuser l’entrée du Musée d’Orsay pour son décolleté, revenait ainsi le problème de la tenue, et plus précisément, de ce qui serait considéré comme une tenue non pas seulement correcte, c’est-à-dire adaptée aux règles d’un établissement, mais décente, c’est-à-dire adaptée aux convenances, qui, littéralement “convient”, mais, et c’est bien la question : qui convient à quoi, et à qui ? 

Echanges salivaires

On pourrait parler de ce glissement du "correct" au "décent", et de cette confusion qu’il y a, en fait, entre les deux termes. Quand j’étais au collège, il y avait cette règle qui interdisait, je cite, “tout échange salivaire” entre élèves. Dès que certains s’embrassaient goulument au milieu de la cour, un haut-parleur rappelait cette règle, et bien sûr, on trouvait ça très drôle. 

Car, en fait, on voyait bien déjà que ce qui est “correct”, c’est-à-dire dans le respect d’une règle clairement énoncé par le règlement intérieur du collège René Caillé de Saintes, correspondait moins au bon fonctionnement du lieu (qu’est-ce que ça faisait que des ados s’embrassent) qu’à une morale tacite qui voyait les baisers comme des actes obscènes...

Car, en fait, on voyait bien, même à 13 ans, que l’idée de convenance se jouait, non pas dans l’adéquation entre un règlement intérieur et ce qui est bon pour des élèves (une éducation sexuelle, une sensibilisation au harcèlement, plutôt qu’une interdiction) mais dans la conformité bête et méchante entre un règlement intérieur et une morale, surplombante et déterminant d’on ne sait où ce qu’il convient de faire ou pas… Et que de l’incorrection, voilà que l’on tombait de fait dans l’indécence… 

Convenance et inconvenance

Ce n’était pas pour rien que l’on riait de ces interdictions d’échanges salivaires, et ce n’est pas pour rien qu’il y a eu ce mouvement très sérieux hier du Lundi14septembre : si nul n’est censé ignorer la loi (ou le règlement intérieur de son collège ou lycée), pourquoi devrait-on faire comme si on ignorait à quel fondement moral elle convient ? Faire comme si on ne pouvait pas s’interroger sur ce qu’est la décence, et à quoi elle est censée convenir ? 

Et pourquoi, j’en viens donc à mon problème : faire comme si on ne pouvait pas interroger le sens même de ce qu’est la convenance ? : à quoi convient un règlement intérieur ? à quelle convenance répond le jugement d’un agent du Musée d’Orsay ? pourquoi serait-il plus décent, et donc plus convenable, de couvrir son sein, et en fonction de quel rapport de convenance ? 

Rousseau, qui n’était pas le plus féministe des philosophes disait que : “c’est par les seuls sentiments, au dedans de nous, que nous connaissons la convenance ou disconvenance qui existe entre nous et les choses que nous devons respecter ou fuir”...  
Et c’est précisément ce qui se joue aujourd’hui, avec le corps des femmes, et tous les corps d’ailleurs : ce que l’on peut en montrer ou pas, ne devrait, je crois, rien à voir avec la convenance à un ordre moral extérieur quel qu'il soit, dont le bien fondé restera toujours à démontrer. 

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