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Panthéon

Rimbaud et Verlaine : panthéoniser, est-ce vanité ?

3 min
À retrouver dans l'émission

La polémique pour panthéoniser, ou pas, Rimbaud et Verlaine nous met face à cette question : honorer revient-il à faire revivre l'oeuvre ou à enterrer son auteur une 2nde fois ?

Panthéon
Panthéon Crédits : Christophe Lehenaff - Getty

J'ai beaucoup hésité à faire une chronique sur le sujet, tant j’étais sûre que l’idée de faire entrer Rimbaud et Verlaine ne susciterait aucun débat, au mieux une petite polémique entre intellectuels, connaisseurs à la fois de Rimbaud et Verlaine et du Panthéon. Pourtant, force est de reconnaître que le sujet tient… pas tant parce que tout le monde en parle, mais parce qu’on en parle encore 15 jours après le lancement de la pétition.  

Voilà, en effet, que le déchirement continue entre les pour (ceux qui veulent l’entrée de la poésie, d’un couple homosexuel et de la révolte dans le temple calme du Panthéon) et les contre (ceux qui y voit un contresens, eu égard à la personnalité des deux poètes, à leur désamour et à l’esprit ou la fonction du lieu).
Pour ma part, je dois dire que je n’ai aucun avis sur le sujet… Mais je suis étonnée de l’importance que l’on accorde, à travers cette affaire, à l’honneur. Dans une ère d’égalisation et de conformisme, pourquoi ce besoin d’honorer, ou pas, des individus ? 

De la personne à la personnalité

En 2009, les enfants d'Albert Camus avaient refusé le transfert de leur père au Panthéon... et pour plusieurs raisons : pour éviter tout risque de récupération politique, mais aussi pour éviter, encore ce terme, tout “contresens” : celui, notamment, de rendre exemplaire ou édifiant une figure qui ne l’était pas, selon les dires, en tout cas, du fils d’Albert Camus. 

On pourrait trouver ça regrettable, ne pas être d’accord avec Jean Camus, louer l’auteur de La Peste ou de l’Homme révolté, mais le point est là : panthéoniser, c’est faire d’une personne une personnalité, c’est élever au rang d’exemple un individu, en faire un modèle, un héros de l’Histoire française… c’est, en fait, créer un symbole, une image. 

Voilà, panthéoniser, c’est transformer une personne en image. Et plus que le contresens entre la vie de l’individu concerné et l’esprit du lieu, il se joue une contradiction dans le fait même de rendre honneur : dans le fait d’élever une personne pour sa vie et son oeuvre, mais par là-même d’en faire seulement une image, inaccessible, écrasante, autoritaire. 

La vanité des signes extérieurs

Paradoxalement, honorer une personne semble moins revenir à faire revivre son oeuvre, qu’à l’enterrer une 2ème fois dans l’imaginaire. Comme si la vie et l’oeuvre n’étaient pas suffisantes à elles-mêmes, qu’il fallait le Panthéon, des prix et des honneurs, pour qu’elles se rappellent à notre bon souvenir. 

Le philosophe Pascal avait bien évoqué le problème de cette vanité des signes extérieurs : 

“Le ton de voix impose aux plus sages et change un discours et un poème de force. L’affection ou la haine changent la justice de face. Et combien un avocat bien payé par avance trouve‑t‑il plus juste la cause qu’il plaide ! Combien son geste hardi la fait‑il paraître meilleure aux juges dupés par cette apparence !”

Et on pourrait rajouter : qu’il faut bien de beaux hommages et une belle voix, des débats et un Panthéon tout entier, des “effets” qui frappent l’imagination, pour enfin vénérer et respecter deux poètes… comme il faut bien que le médecin porte une blouse, et le magistrat une robe pour guérir et faire justice. 

Et c’est là le drame, nous dit Pascal : “la raison a été obligée de céder” face aux sirènes de l’imagination.
Et c’est là le problème : Rimbaud et Verlaine ont désormais besoin de l’imagination, non plus pour créer, mais pour marquer les esprits de l’idée qu’ils ont un jour été des créateurs… 

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