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Kit anti-covid

La vie sans masques est-elle un fantasme ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Oui, le précautionnisme est insidieux : il aseptise nos vies, il veut tout contrôler de nos existences... mais vivre sans précautions (et sans masques) n'est-il pas tout autant insidieux ?

Kit anti-covid
Kit anti-covid Crédits : Kilito Chan - Getty

C’est un peu la petite musique qu’on entend monter depuis quelques années et qui, évidemment, a pris de l’ampleur depuis... faut-il encore le nommer puisqu’on en parle toute la journée… : le covid. Cette petite musique, c’est le précautionnisme qui se définit comme l’application maximaliste du principe de précaution. 

Dans la bouche d’un philosophe comme Matthew Crawford, chercheur américain passionné de carburateur et de motos, ça se traduit par, je cite, “la détermination à éliminer tout risque de la vie”. Dans ma bouche à moi, ça se traduit par un plus trivial “merde, j’ai encore oublié mon masque”. Évidemment, éliminer tout risque suppose de tout contrôler, mais évidemment, plus on élimine les risques, plus il en reste, et plus on contrôle. 

C’est tout le paradoxe du précautionnisme : une précaution ne fait pas seulement disparaître un risque, elle en fait apparaître un autre. Et c’est toute la critique de philosophes comme Matthew Crawford : l’extension et le triomphe du contrôle des vies au nom de l’élimination du moindre risque. Faut-il donc se passer de précautions au risque du risque et au risque de la vie ? 

Les anti-précau

Pour poser cette question, j’ai été inspirée, non sans ironie, par tous ces intellectuels inquiets de l’inquiétude des autres, si attachés à la vie dangereuse, célébrant sans cesse la beauté du risque. 

Car, à force d’entendre des intellectuels comme Matthew Crawford, mais il y en a d’autres, je pense par exemple à André Comte-Sponville qui, dans un autre genre que Crawford, sans carburateurs mais avec Montaigne, déclare : “J’aime mieux attraper le Covid-19 dans un pays libre qu’y échapper dans un État totalitaire!” … eh bien, à force de les entendre, je suis à la fois inspirée mais désespérée. 

Certes, mettre un masque m’exaspère tout comme eux, et je trouve absurde de pouvoir aller au restaurant mais pas dans un bar… mais moins, je crois, que d’entendre que la vie est faite de mort, de risques et de dangers. Et que ne pas vivre avec cette part de risques, ce serait ne pas vivre tout court, mais survivre telle une marionnette dans du coton ou du gel hydroalcoolique. 

Ce n’est pas que je ne perçois pas le problème du précautionnisme et le retournement d’une vie sûre et sécuritaire, contre la vie elle-même…
Mais je me demande : quelle idée de la vie préside dans ces démonstrations anti-précautions ? si la vie sans dangers est impossible, une anti-vie, une vie fade, la vie dépourvue de tout contrôle, libre, risquée, n’est-elle pas moins impossible, n’est-elle pas une vie fantasmée ?

La vie telle qu'elle est

Je sais bien : on peut reprocher beaucoup de choses au précautionnisme : le contrôle des individus, l’intériorisation des normes au détriment de notre liberté, l’aseptisation des existences… 

Mais je me demande si ces reproches ne dévoilent pas tout autant la croyance en une “vie” qui n’existe pas, en une idée de la vie qui est elle aussi construite, fabriquée de toutes pièces, sortie tout droit d’esprits assez tranquilles pour se faire peur. 

C’est là le paradoxe des anti-précautions : ils rêvent, eux aussi, d’une vie qui n’existe pas, la leur serait faite de risques, mais elle serait tout autant idéalisée, manipulée par leur soin tel un concept, un principe, lui enlevant toute saveur, même en lui ajoutant une dose de dangers.  

Peut-on concevoir la vie telle qu’elle est, et non telle qu’elle devrait être (avec ou sans risques), telle qu’en parlait par exemple, Claude Bernard, “une création” dont le "devenir" "déconcerte l’entendement" ?

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