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Pas contente

Pourquoi j'ai été vexée (et pourquoi j'ai décidé de le rester)

3 min
À retrouver dans l'émission

Etre vexé est une blessure de l'amour-propre. Ce n'est pas grave, mais pas rien non plus, quelle place faire à ce sentiment ?

Pas contente
Pas contente Crédits : CSA-Printstock - Getty

Ce matin, je vous parle d'amour-propre, et plus précisément, du mien, puisque quand on parle d’amour-propre, on parle forcément d’abord du sien.
Tout a commencé hier matin à 8H58, quelques minutes après la fin de ma chronique. En sortant du studio, j’ai reçu un message de ma mère me disant “bien ta chronique même si je n’ai rien compris”
Smiley fou rire.
Elle n’a pas été la seule puisque, dans la journée, plusieurs personnes m’ont dit ça, s'en tenant pour leur part à la 2nde partie du message (à savoir, je n’ai pas compris et sans petite image). 

Et je dois le dire, ça m’a vexée. En soi, ils n’avaient pas tort, et au fond, ça n’est rien de grave, c’est seulement une histoire d’ego blessé, comme on en vit tous les jours, ça peut venir de sa mère, d’un inconnu sur Twitter, de sa supérieure, ou même de sa fille de 2 ans qui apprend à parler en vous disant “tu sens mauvais”.
Et c’est bien de ça dont j’aimerais parler aujourd’hui : être vexé, ce n’est rien de grave, mais ça prend pourtant toute la place… 

Tout ou rien

En philosophie, on n’est pas vexé. Les philosophes ne sont pas vexés. Non, eux, ils souffrent, ils sont angoissés, ils ont des crises existentielles, des problèmes de narcissisme, de réflexivité, et même carrément d’être et d’essence. Ils sont au-delà de la futile blessure de l’ego, de ce léger froissement de l’amour-propre qu’est la vexation. 

Et pour deux raisons je crois :  soit parce qu’ils n’ont que faire de cet égocentrisme de bas étage, trop occupés à régler de grands problèmes de justice, de cosmos et de liberté, soit parce que leurs maux sont toujours plus beaux que les nôtres. 

A ce jeu-là, c’est Jean-Jacques Rousseau le grand gagnant de l’histoire des philosophes mal dans leur peau : capable, à la fois, de s’oublier pour refonder la démocratie avec son Contrat social, et d’élever son mal-être au rang d’art avec ses volumes de Confessions… Capable de critiquer l’amour-propre qui corrompt la société et de ne parler que du sien… 

Capable, autrement dit, de minorer ou d’exagérer ce simple fait d’être vexé, renvoyant toujours la blessure d’ego à tout ou rien, à plus qu’elle ou à moins qu’elle, ne laissant pas une juste place à ce qui, pourtant, modestement et trivialement, nous prend la tête…  

Quand on n'est pas Jean-Jacques Rousseau

Que faire de ce sentiment de vexation quand on n’est pas Jean-Jacques Rousseau ? que faire de cette petite pointe, cette pique ni comique ni dramatique, cette remarque de rien, cette critique constructive mais critique quand même, qui nous poursuit toute la journée ? Quelle place faire à ce qui n’est pas grave mais n’est pas rien non plus ? 

Car le sentiment d’être vexé se situe justement là, précisément à cet endroit intermédiaire, il ne foudroie pas, il ne tue pas, mais il chatouille, il perturbe, il trouble. Alors, c’est vrai, certains pourront se féliciter de cette intranquillité, de ce trouble qui sème le doute, qui leur permet d’avancer, de progresser, d’être meilleur. 

Mais, hélas, je ne fais pas partie de ces gens qui louent l’intranquillité… et je crois que c’est d’ailleurs là l’enjeu de toute vexation : elle a le fâcheux souci de nous ramener à nous-mêmes sans forcément nous rendre meilleur. 

Non, être vexé nous ramène à nous seul, seul avec soi, sans excès ni défaut, ni bien ni mal, seulement là. Et de là, je pourrais alors dire qu’être vexé présente le merveilleux avantage de s’apercevoir enfin sans fard, médiocre, tel quel, mais surtout le merveilleux avantage de ne parler que de soi, sans faire un effort pour en sortir. 

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