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Edouard Philippe n°1

Personnalité politique préférée des Français

3 min
À retrouver dans l'émission

Nos opinions politiques sont-elles une question de préférence affective ?

Edouard Philippe n°1
Edouard Philippe n°1 Crédits : Foc Kan - Getty

Aujourd'hui, une annonce qui m’a fait rire, alors même qu’elle n’a rien de drôle. C’est le baromètre Odoxa qui classe, tous les mois, les personnalités politiques préférées des françaises et des français. 

Ce mois-ci, c’est Edouard Philippe qui remporte la mise avec, je cite :”17% de popularité, 23% de dynamisme et 24% de charisme de plus que Jean Castex”... de quoi pulvériser son successeur et le voir candidat en 2022. 

Ce n’est pas le succès d’Edouard Philippe qui m’a fait rire, mais cette idée de préférence qui semble moins reposer sur des idées ou des arguments que sur des émotions et des affects, où l’on classe, où l’on donne des points et on couronne un vainqueur comme s’il s’agissait d’un concours de beauté. 

Rien de neuf : on se doute bien que la politique n’est pas qu’une histoire de politique stricte, mais de sentiments… mais si, en fait, elle n’était qu’une affaire de sentiments ? 

De l'impression à l'opinion

C’est vrai, je le reconnais. J’ai regardé Vous avez la parole sur France 2, avec le Premier ministre comme grand invité. Et c’est vrai, mes remarques se sont plutôt résumées à “ah il a l’air sympa en fait”, “ohlala, arrêtez avec son accent” ou encore “oula, pas très réactif sur le sujet là”... soit le degré zéro de l’analyse politique. 

Et c’est bien cette contradiction que j’ai expérimentée ces derniers jours qui me fait écrire aujourd’hui : pourquoi rire, ricaner même, d’un sondage établissant la personnalité préférée des français comme s’il s’agissait de l’élection Miss France, et en même temps, procéder, moi-même de la même manière face aux personnalités politiques, c’est-à-dire en me faisant une opinion à partir de mes seules impressions ? 

Voilà le paradoxe : mépriser, d’un côté, la dimension plaisante, sentimentale, passionnelle de la politique, et d’un autre côté, prendre essentiellement appui sur elle pour me faire un avis, une idée, une opinion politique.
Cela jusqu’à me demander : et si, en fait, et sans m’en être rendue compte, je ne faisais appel qu’à cette dimension affective quand je m’intéressais un peu aux questions politiques ? Et si ce qui me mobilisait politiquement ne résidait qu’en de l’affectif ? 

"Nos vrais maîtres sont l'expérience et le sentiment"

Je pourrais vous citer Aristote et la philia, cette amitié qui soude une bonne communauté, Machiavel qui donne des conseils au Prince pour plaire à ses sujets, Arendt qui relit le jugement esthétique de Kant en l’élargissant à la société politique. 

Il y en a des exemples pour révéler la part affective du champ politique, mais si, en fait, ce champ politique n’était constitué que de ça, d’affects et de passions. Imaginez s'il n’y avait pas qu’une part affective mais seulement de l’affectif dans nos mobilisations politiques, s'il ne se produisait jamais une rationalisation et une transformation de nos passions politiques en idées et en arguments, que se passerait-il ? 

Serait-ce vraiment l'anarchie, le désordre collectif ? Ne serais-je qu’une moitié de citoyenne, vouée à mes affects et à mes sens ? Mon opinion ne serait-elle pas intéressante, juste, valide ? N'y aurait-il donc aucun sens à nos sentiments ? 

Peut-être que si… car il y a cette réflexion de Jean-Jacques Rousseau que j’aime beaucoup, et qui se trouve dans l’Emile, son traité d’éducation : il y dit que “nos vrais maîtres sont l’expérience et le sentiment”...
Finalement, pourquoi rire de ce baromètre ou en tirer des conclusions, pourquoi vouloir élever nos impressions, transformer nos affects en idées, nos passions en actions… et s'il s'agissait d’abord de savoir apprécier ce qui est en jeu dans ces émotions, comprendre ce qui nous touche, nous révulse ou nous émeut ? 

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