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Le pire ?

2020 est-elle la pire année de l'humanité ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Catastrophes naturelles, pauvreté mondiale, et bien sûr, covid... 2020 est-elle déjà la pire année du monde ? Peut-on déterminer le pire ?

Le pire ?
Le pire ? Crédits : Susan Sheldon / EyeEm - Getty

Depuis le confinement, il est de bon ton de dire ou d'entendre que 2020 serait la pire année de l’humanité. Grèves, pauvreté mondiale, catastrophes naturelles, réélection (ou pas) de Donald Trump, et bien sûr : covid… nous voici à attendre la fin de l’année, impatients d’en finir, curieux et effrayés de voir ce que les mois qui restent nous réservent en mauvaises surprises.  

Car c’est bien le propre du pire : il ne se suffit jamais à lui-même, le pire ne cesse de se dépasser, et quand on croit l’avoir l’atteint, il ne cesse de nous surprendre. C'est la loi des séries, le cercle vicieux, le cycle infernal.
D’où ce paradoxe du pire : peut-on vraiment atteindre le pire alors qu’il peut toujours y avoir toujours pire ? 

Toutefois, comme je m’adresse aujourd’hui à une assemblée d’historiens, spécialistes ou pas, j’aimerais savoir si, eux, sont prêts à me le dire : 2020 est-elle vraiment la pire année de l'humanité ?

A chacun son pire

Toute la difficulté étant, comme je le disais, que le pire ne cesse jamais d’être pire que lui-même. Par exemple : alors qu’une amie me disait “2020, c’est vraiment la pire année de toute la vie”, je me suis souvenue d’un article sorti en 2016, où un ensemble d’historiens avait élu, chacun leur tour, la pire année de l’humanité. 

Le 1er avait choisi 72 000 ans avant notre ère, où une super-éruption volcanique avait réduit à la population humaine à un minuscule groupe de survivants (entre 3000 et 10 000) ; un autre avait élu 1342, date de la Grande Peste ; et un dernier avait proposé 1942 : la Shoah, le monde totalement en guerre. 

A chaque historien et à chacun sa pire année, fonction de sa spécialité, du bouleversement et des malheurs vécus. Expert ou pas, on n’y échappe donc pas : le pire, et c’est tout le problème, nous met dans tous nos états et la pensée dans un état impossible, impossible de trancher. 

Dans sa Logique du pire, le philosophe Clément Rosset ne disait d’ailleurs pas autre chose : 

“la pensée du pire a pour propos de défaire, de détruire, de dissoudre".

Mais si c'est le cas, cela a-t-il encore un sens de me demander quelle est la pire année du monde ? 

Un bon projet philosophique et personnel

Je dois dire que je suis vraiment trop mauvaise en histoire pour me prononcer, alors je vais vous répondre de mon point de vue, un peu philosophique et surtout très personnel.
Malgré tout, oui, je crois que vouloir savoir si 2020 est la pire année du monde, de l’humanité ou de la vie, est un bon projet, et que se questionner sur ce qu’est le pire, tout court, est un bon projet.

Précisément parce que la question ne semble avoir aucun sens, et donc, aucune réponse.
Parce qu’il n’y a rien de mieux à mes yeux que les questions sans réponse, les questions impossibles, capables de pousser la pensée dans ses retranchements, capable de révéler l’homme dans son plus simple appareil intellectuel. 

Et à cet égard, il n’y a rien de mieux que le pire, qui détruit les repères, contredit nos certitudes et nos croyances et reste ainsi l’énigme par excellence (avec la mort, c’est vrai, mais comme on dit souvent que le pire, c’est la mort, ça va ensemble…). 

Il faut alors donner la fin de cette citation de Clément Rosset : 

"la pensée du pire a pour propos, de manière générale, de priver l'homme de tout ce dont celui-ci s'est intellectuellement muni à titre de provision et de remède en cas de malheur”. 

C’est ironique d’ailleurs que le thème de ces Rencontres de Blois soit “gouverner”, car si l’année 2020 est bien la pire, celle qui nous prive de toute provision intellectuelle et de tout remède, que peut-il bien encore rester à gouverner ? Ne faut-il pas faire avec ce pire ? 

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