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Fatigué de débattre

Peut-on se lasser de débattre ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Peut-on se lasser de donner son avis ? peut-on se lasser de débattre ? Et je dirais même : peut-on se lasser de débattre avant même d’avoir débattu ?

Fatigué de débattre
Fatigué de débattre Crédits : Vincent Besnault - Getty

C’est ce que je me suis demandée mercredi soir en regardant Emmanuel Macron annoncer les mesures pour faire face à la 2ème vague de covid. Alors qu’il nous expliquait comment nous laver les mains et à combien nous réunir autour d’une table, a été évoqué le lancement d’une nouvelle application : Tous anti-covid. 

Parmi ses fonctionnalités : “signaler” les zones où les masques ne sont pas portés. Seule chez moi, j’ai sauté sur Twitter pour pouvoir partager avec quelqu’un ma stupéfaction : comment promouvoir un tel outil de délation ?… et puis, j’ai supprimé mon tweet.
Flemme ? lâcheté ? indifférence et fatigue aux réactions des autres ? ou lucidité sur l’apport peu passionnant de ma contribution ? 

Sûrement un peu de tout ça… mais la question a pourtant persisté dans mon esprit :  comment ai-je pu, presque dans le même temps, trouver essentiel de débattre tout en étant lassé par le fait de débattre ? 

Pourquoi et pour qui débattre

Je pourrais postuler que quiconque débat avec d’autres personnes, le fait seulement parce qu’il se sent seul. Ce serait assez drôle. Et même assez pertinent, car là est la véritable question : pourquoi et pour qui débat-on ?
Pour ne plus être seul ou pour entendre d’autres que soi ? Pour confronter ses idées ou pour éprouver des théories diverses ? Pour tomber d’accord ou pour être conforté dans ses opinions ? 

Au fond, je crois que c’est pour ça que j’ai supprimé mon tweet : je n’avais aucune idée de pourquoi je l’avais publié. Les avis des autres ne m’intéressaient pas, le mien non plus, ma solitude n’a duré que quelques secondes, et je ne voyais pas sur quel accord une telle contribution pouvait tomber.
Et c’est là, à mon sens, tout le paradoxe du débat : on débat, on s’indigne, on s’émeut, on loue le débat, on s’inquiète qu’il se disperse ou qu’il se radicalise, et pourtant, avouons-le : à la différence de la délibération qui consiste à trancher et à choisir, le débat, lui, n’a pas de finalité, pas de fin ni de dernier mot. 

Après avoir débattu, nous voici abattus

Il y a quelque chose de profondément problématique dans le fait de débattre : non pas seulement pourquoi débattre, mais dans quel sens ? par où commencer, pour aller où, pour se dire quoi ? Débattre nous met souvent dans un état d’abattement. 

Regardez quand on discute avec ses amis ou avec des collègues, il y a toujours ce moment où on ne peut pas s’empêcher de se demander de quoi on parle et comment on en est venu là… comment en est-on passé de Macron à Star Wars, d’Alice Coffin à Koh-Lanta. 

A propos de la délibération, Rousseau dans son Contrat social (Livre III, chapitre 2) disait :

“A force de délibérer on perd souvent le fruit de la délibération”.

Mais qu’aurait-il dit du débat, pour lequel on perd toujours le fruit ? Qu’aurait-il dit du débat qui ne consiste en rien d’autre qu’en lui-même ? Certes, il y a le plaisir de s’écharper, d’argumenter, de se faire entendre et de partager (ce qui est déjà pas mal), mais pourquoi ?
Mais, en fait, pourquoi pas : cette gratuité de l’échange, cette inutilité de se disputer, n’est-ce pas justement tout le sel et le sens du débat ? En y repensant aujourd’hui, je comprends d’où venait ma lassitude : non pas à débattre, mais à me demander à quoi servait le débat. Débattre du débat, et puis quoi encore ? 

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