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En suivant Andrea Canobbio

59 min
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piazza San Carlo à Turin
piazza San Carlo à Turin Crédits : Corbis

Sur la table du café Torino, sur la place San Carlo, posé entre nous, son livre, « Pressentiment ». Un livre étrange, qui fait vaciller tous les lieux, avec humour, tendresse et cocasserie. C’est en le lisant que j’ai eu envie de rencontrer Andrea Canobbio, qui vit à Turin, qui voyage beaucoup pour son métier d’éditeur d’écrivains étrangers chez Einaudi, et qui est traversé par d’ inlassables peurs, crises de panique et bizarres pressentiments qu’il met en scène élégamment dans ses livres. Dans celui-ci, par exemple, ce sont les attentats du 11 septembre à New-York qui sont au centre de sa démarche littéraire, et cette question qui le traverse, qui nous traverse : Sommes-nous aimantés par les lieux, ressentons-nous les tremblements du passé ou même de ce qui va se passer, dans une heure, un jour, un an? Qu’est-ce que la réalité? Que faisons-nous de nos peurs? Et de nos grands désirs? Et comment était la vie de nos parents avant notre naissance? Que ressentaient-ils, que voyaient-ils, quels étaient leurs rêves?

En suivant les mots d’Andrea Canobbio qui nous conduit dans les plus anciens quartiers de Turin, c’est soudain son roman « Trois années-lumière » qui apparaît, avec cette manière si particulière qu’il a de bouleverser cette fois les temps et les générations. Un fils raconte lentement, avec une puissance du détail et de la nuance, sur quatre cent pages, la rencontre de ses « trois parents », leur vie quotidienne pendant trois ans, à partir du moment de leur rencontre jusqu’à sa conception. Un récit vertige, un roman à la fois virtuose et retenu, presque timide, comme l’est son auteur. Avec, comme chez tout timide, des moments d’explosion et de grande audace chez les personnages. D’autres présences surgissent alors, comme une envie de rendre la ville matière romanesque et bavarde, celle d’Andrea Bajani qui vit entre Berlin et Turin et qui nous conduit de la gare de Turin jusqu’aux rives du Pô, grand complice de la ville. Mais aussi, d’écho en écho, à l'évocation d’un mot, d’une autre ville ou d’un nom, la présence de Cesare Pavese, celle d’Antonio Tabucchi, celle de Primo Levi. En effet, en quittant Andrea Canobbio, sur la piazza del Castello, complètement déserte, la nuit était tombée et seul se détachait un objet, intact, venu du passé : le wagon rouge de marchandises dans lequel Primo Levi avait été emmené jusqu’à Auschwitz…..

Invités :

Andrea Canobbio pour Pressentiment et Trois années-lumière (tous deux traduits par Vincent Raynaud, Ed. Gallimard)

Andrea Bajani pour Me reconnais-tu? (traduit de l’italien par Vincent Raynaud, Ed. Gallimard)

Martin Rueff pour Œuvres de Cesare Pavese (Collection Quarto. Gallimard)

Intervenants
  • Poète, critique et traducteur, maître de conférence à l'U.F.R. "Lettres, arts et cinéma" de L'Université Paris-Diderot (Paris VII), enseignant à l'Université de Bologne, professeur à l’Université de Genève où il occupe la chaire du 18ème
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