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20 000 lieues sour la Terre

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De nouvelles études sismologiques ont découvert sous le supervolcan de Yellowstone un immense réservoir magmatique, de plus de 46 000 kilomètres cubes. La technique employée va permettre de mieux comprendre la structure de nombreux volcans sur Terre.
La Terre bouge, la Terre gronde, la Terre bout... et le séisme au Népal n'en est que l'une des manifestations : celle du mouvement de la plaque tectonique indienne vers la plaque eurasiatique. C'est la collision de ces deux plaques qui a conduit à la formation de la chaîne himalayenne, il y a environ 50 millions d'années. Et la plaque indienne continue sa progression vers le nord, et c'est cette progression, qui enfonce la plaque eurasienne d'un peu plus de 3 cm chaque année, qui est à l'origine du séisme dévastateur du week-end dernier.

chambre magmatique de Yellowstone
chambre magmatique de Yellowstone

Autre manifestation de la vitalité potentiellement destructrice de notre planète, je vous en avais déjà parlé ici : c'est le supervolcan de Yellowstone, qui a déjà fait pas mal de dégâts dans l'histoire de la Terre : sa plus grosse éruption, il y a 2 millions d'années, a rejeté dans l'atmosphère tellement de matériau volcanique qu'une grande partie de l'Amérique du Nord a été recouverte de cendres et que la température globale de la Terre a été abaissée de quelques degrés à cause de la quantité de particules qui voilait la lumière du soleil. Sans oublier de laisser derrière elle un cratère – ou plus exactement une caldeira – c'est-à-dire une vaste dépression circulaire dans le sol, de 60 kilomètres par 40.

Ca, c'était la plus grosse éruption du supervolcan de Yellowstone ; il y en eu deux autres plus "petites", il y 1 million 300 000 ans, et la dernière il y a 640 000 ans, qui a tout de même rejeté plus de 1000 km cube de poussière dans l'atmosphère ; à titre de comparaison, la plus grosse éruption volcanique documentée par l'homme, c'était en le Tambora, en Indonésie en 1815, et cette éruption n'a produit qu'un 6ème de la quantité de cendres produite par la dernière éruption de la caldeira de Yellowstone.

Pourquoi est-ce que je vous parle de ce supervolcan aujourd'hui ? Ce n'est pas à cause d'une ressortie en édition BluRay collector du film « 2012 » de Roland EMMERICH qui met en scène son explosion, annonciatrice de la fin du monde, mais parce qu'une étude vient d'être publiée à son propos dans la revue Science.

Le problème avec les supervolcans, et même avec les volcans tout court, c'est qu'il est fort difficile d'aller voir ce qui se passe en dessous, sans risquer de modifier les équilibres de pression extrême de gaz et de roche en fusion, et donc, potentiellement, de tout faire péter, ce qui, vous en conviendrez, serait tout de même ballot.

Donc les géologues se contentent d'estimations, dans la plupart des cas. Or, grâce à une toute nouvelle technique de tomographie, en analysant les petits séismes qui ont agité la caldeira de Yellowstone, pour la première fois, un groupe de sismologues de l'Université de l'Utah a pu cartographier avec précision les entrailles de ce géant de lave en sommeil.

Et il y a un belle surprise à la clé. On savait qu'il y avait une chambre magmatique assez conséquente sous Yellowstone, de l'ordre de 10 000 km cubes de magma en fusion. Eh bien on sait maintenant que sous cette chambre, il y en a une autre, ou plus exactement un réservoir, à environ 70km sous la surface du sol, qui contient lui 46 000 km cubes de magma... 46 000 km cube, c'est suffisant pour remplir plus de 11 fois le Grand Canyon, aux États-Unis.

Nous voilà bien avancés, me direz-vous, de savoir que le supervolcan a donc une bonne grosse réserve supplémentaire de magma à cracher dans l'atmosphère. En fait, c'est exactement ça. Nous sommes plus avancés. Parce que cette technique de tomographie va pouvoir resservir pour ausculter d'autres volcans dont on connait mal la structure – comme le volcan Calbuco, actuellement en éruption et qui fait passer le Chili pour le royaume du Mordor, et donc in fine , mieux prévoir leur activité.

Quant à la prochaine éruption de la caldeira de Yellowstone qui risquerait de plonger une grande partie l’hémisphère nord dans la nuit et de rayer de la carte les Etats-Unis, le Canada et le Mexique… le risque reste selon les sismologues relativement mesuré : son histoire récente montre que les éruptions sont toutes espacées d'environs 700 000 ans, avec une certaine marge d'erreur... or la dernière date d'il y a 640 000 ans. Donc tout va bien… si on n'est pas dans la marge d'erreur.

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