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Au fond du trou (de ver)

4 min
À retrouver dans l'émission

Vous m'avez vu hier matin, partir guilleret du travail, la fleur au casque et pour cause : hier, mercredi (non ce n'est pas QUE le jour des enfants), c'est surtout le jour des sorties ciné.

trou de ver - vue d'artiste
trou de ver - vue d'artiste Crédits : ShardsofBlue

Et vous savez, maintenant que je suis un grand lecteur et un grand fan de science-fiction ; j'étais donc tout émoustillé à l'idée de me précipiter au cinéma pour voir le tout nouveau film de Christopher NOLAN, Interstellar. Film qu'on nous vendait depuis des semaines comme étant un blockbuster oui mais d'auteur, du grand spectacle, oui mais intelligent et bien filmé, bref une sorte d'antidote à la déferlante du plan quinquennal de super-héros en collants, avec pas moins de 40 films prévus d'ici 2020 par les diverses écuries de comics américains.

Bref, c'est donc tout guilleret que je me suis rendu au cinéma voir cet Interstellar, d'autant que j'avais en tête plutôt quelques bons souvenirs des films de NOLAN, de Memento à Inception.

Et d'autant plus qu'apparaît au scénario un nom qui faisait frétiller mes neurones... non Marc, ce n'est ni Matthew McCONAUGHEY, ni Anne HATHAWAY et encore moins Jessica « eurêka » CHASTAIN (vous comprendrez le eurêka quand vous aurez vu le film)... j'ai dit « MES NEURONES » ! Ce nom qui les a fait frétiller, c'est celui de Kip THORNE. Un nom qui ne vous dit rien, certainement, or c'est pourtant l'un des plus grand spécialistes de la théorie de la relativité générale, physicien et astrophysicien.

Kip THORNE qui est producteur associé d'Interstellar, et qui a été consultant sur l'écriture du scénario. Quand on sait que Kip THORNE est devenu célèbre à la fin des années 80, en même temps qu'un certain Stephen HAWKING dont il ne partageait d'ailleurs pas les analyses, pour son travail sur les trous noirs et la description de ce qu'on appelle les trous de ver... il y avait de quoi frétiller, je vous assure.

Parce que voilà, Interstellar est vendu, marketté comme un film de SF « sérieux », « réaliste », vous savez, un peu comme ces films de plus en plus nombreux à arborer l'étiquette « inspiré d'une histoire vraie »... et notamment dans la description visuelle qui est faite de cet étrange objet qu'est le « trou de ver ».

Qu'est-ce que c'est qu’un trou de ver... ? Eh bien déjà c'est un objet exclusivement théorique, rendu possible par la théorie de la relativité d'Einstein, mais qui n'a jamais été observé ; c'est certainement l'un des outils les plus fréquemment employés par la science-fiction pour expliquer ou justifier les voyages intergalactiques.

Je vais faire appel à vos souvenirs mathématiques : quelle est la distance la plus courte d'un point A à un point B ?

Ce n'est pas la ligne droite, c'est la superposition. Et c'est ça un « trou de ver », ou pont d'Einstein-Rosen, c'est une distorsion dans l'espace temps qui permet de superposer un point A à un point B. L'espace se replie comme une feuille de papier et hop, on passe instantanément de l'un à l'autre.

C'est à peu près ce qui se passe dans le film d'ailleurs : le trou de ver, qui se situe non loin de Saturne, envoie le vaisseau spatial des héros à l'autre bout de LANIAKEA, ce super-amas de galaxie dans lequel se trouve la Voie Lactée.

Sauf qu'en guise de réalisme scientifique, le marketing du film est allé un peu vite en besogne, puisque dans l'état actuel de nos connaissances, déjà un trou de ver de cette taille à proximité d'une planète géante comme Saturne, ça bouleverserait TOUT le système solaire. Ce sont des objets qui produisent de très fortes distorsions de la gravité, du champ gravitationnel ; par exemple, un trou de ver de la masse de la Terre ferait environ 1 centimètre de diamètre. Quant à envoyer un vaisseau à l’intérieur, la matière serait déchiquetée par les variations très violentes de la gravité.

Vous allez me répondre : mais Martin, calmez-vous c'est de la Science-Fiction. Bien sûr qu'il n'est pas question de juger la fiction à l'aune d'un quelconque réalisme scientifique. Néanmoins, j'ai été un poil agacé par cet argument de vente « fait par des vrais scientifiques » pourquoi pas « avec des vrais pulls en jacquard » tant qu'on y est. Ensuite, il y a de très jolies images, NOLAN filme l'espace comme on ne l'avait pas filmé depuis longtemps.

En revanche, il aurait peut-être mieux fallu embaucher de vrais scénaristes que de vrais scientifiques, parce qu'une fois qu'on a fait le tour du planétarium... elles sont longues les 2h50.

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